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Limites : Une simple note de lecture  
J. Chopineau

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Toutes les actions humaines ont des limites. Encore faut-il savoir quelles sont ces limites. Le texte d’un psaume (le psaume d’ouverture du psautier, non certes le texte le plus ancien mais celui qui a été placé en tête du recueil) le dit excellemment :

Heureux l’homme…

Notons que le texte dit « l’homme » : tout homme, croyant ou non (bien que la suite du texte concerne la piété d’un tel « homme »). Le premier mot de ce psautier est le terme «bonheurs de » (formule habituelle des makarismes en hébreu… d’où la traduction par « heureux ») Suivent les trois limites au-delà desquelles cesserait le bonheur de cet homme.

Heureux l’homme qui ne marche pas selon l’assemblée des impies

Ce qu’un poète (et responsable politique) nicaraguayen traduisait : « heureux l’homme qui ne suit pas les consignes du parti ». Autant dire : l’homme qui ne s’aligne pas sur une opinion dominante, mais ose penser par lui-même sur ce qu’il convient de faire ou de ne pas faire.

… et sur un chemin de pécheurs ne s’arrête pas

Il est impossible de vivre et de ne jamais croiser de tels chemins. Tu ne peux pas faire qu’ils n’existent pas, simplement ne t’y arrêtes pas. Poursuis ton propre chemin.

Et là où siègent les brigands ne s’assied pas

« brigands » est ici un terme générique. Ce sont parfois de simples complices ou même des rieurs qui ne volent pas eux-mêmes mais prennent le parti des voleurs et se rient des victimes.

Ainsi, les trois « limites » d’un comportement juste et heureux est donné en ces trois versets :

Ne pas marcher à la suite des groupes ou des majorités qui t’entraîneraient à faire le mal. Ne pas t’assembler  à ceux dont le chemin n’est pas le tien. Ne pas t’asseoir avec les moqueurs qui raillent le chemin des autres.

Ce qui nous est dit d’un tel homme  (heureux) est qu’il est comme un arbre transplanté près des cours d’eau… Le texte fait allusion à la situation historique d’une communauté judéenne déportée au pays des deux fleuves (le Tigre et l’Euphrate), certes. Il s’agit, en fait, de ces caneaux d’irrigation courants au pays des deux fleuves, à la différence de la Judée où seule la pluie donne de l’eau pour les cultures.

L’image de l’arbre est telle : Il s’élève en plongeant des racines dans le sol. Plus il s’ancre dans les profondeurs, plus ses racines vont chercher l’eau des profondeurs… et plus il s’élève vers le ciel.  

Mais le terme transplanté est important : personne n’est né près d’une source permanente d’eau : il faut y être transplanté (1). Ce qui est vrai pour tout homme, et non seulement pour les judéens jadis déportés. Nul ne grandit sans nourriture. Nul ne s’élève sans expérience. Nul ne grandit s’il n’a pas de racines…

Aucun arbre ne peut croître s’il n’est pas irrigué… L’auteur du Psaume 1 connaît le texte de Jérémie selon lequel un arbre planté en plein désert est une image de l’homme malheureux :  

Il sera comme un genévrier dans la steppe et il ne verra pas quand viendra le bonheur et habitera des lieux arides, dans une terre salée, inhabitable. Béni l’homme qui se confie en YHWH : YHWH sera son appui. Il sera comme un arbre transplanté près des eaux, près d’un ruisseau ; il envoie ses racines et dans l’année de la sécheresse il ne sera pas inquiet et ne cessera pas de faire du fruit…   

                Jérémie 17,6-8

Jérémie est d’ailleurs contemporain de cette déportation au pays des deux fleuves. En cette époque de malheurs, il invite ses compatriotes à prier pour la paix de la ville où ils seront déportés (Jérémie 29,7). Ne pas répondre au mal par le mal : telle est encore une limite …

Chacun plonge ses racines vers sa propre source et c’est ainsi qu’il produira son propre fruit, sans autre limite que les siennes propres. Telle est la question posée à tous les humains :  Quelles sont tes limites ? Quelle est ta source ?

 

                                                                          Jacques Chopineau

 

 

                                                                 Notes

(1) Malgré la plupart des traductions, le texte original dit : « Transplanté » (chatoul) et non « planté » (natou’a). Cela est vrai pour le Psaume comme aussi pour le texte de Jérémie 17,8. La nuance est ici essentielle.  Nul n’est né  près d’une source.  

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