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Bulletin en cours
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N°17

AVANT
Sagesses de la mémoire

Hommage à Jacques Chopineau


. Regard sur l'Avant
 Jacques Chopineau
 
 .
Le chemin de l'homme
 Jacques Chopineau

. Une histoire d'amitié
Pierre Lehnebach
 
. La vie de la lecture
Béatrice Bailleux

. Le garçon à la pie grièche
Anne Marie Reijnen
 
. Compagnon silencieux du dialogue
 Mohammed Jamouchi

 
. Jacques es-tu là ?
Mohammed Jamouchi

. En chemin avec le vagabond de Bosch
Chantal Humbert

. Mémoire après un génocide
Argan Aragon -Marcela Gerreda

. Peurs et promesses du passé
Camille Petit




  


 

 

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L'exercice de l'autorité. Adhésion et partage
F. Lépine



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L’autorité s’apprécie et s’approche en toutes circonstances.


Un enfant en fait l’expérience tout d’abord par l’enseignement. L’apprentissage des mathématiques par exemple. A l’abbaye de la Pierre qui vire, le père Odon qui enseignait cette matière était tout à fait extraordinaire et permettait que l’on découvre les formules et les théorèmes les plus ardus sans que ce soit une contrainte. L’autorité dans ce cas vient avant tout de la capacité à expliquer. Mais la réelle découverte de l’autorité a été à l’occasion de l’élection du père abbé dans cette même abbaye. Dans un monastère, l’autorité est celle d’une monarchie absolue élective. Les positions et les options affirmées peuvent être tout aussi divergentes que dans n’importe quelle société. Les problématiques alors étaient celles des fondations à l’étranger. Il en va des choix d’orientations comme autant de définition des vocations de l’abbaye : prière, évangélisation, autres activités. L’histoire a conduit la communauté à accueillir des bouddhistes, permettre l’installation de moines en ermitages. Autant de dispositions qui seraient apparues comme impossibles « en ce temps là ». Les formes de pratiques de la vie monastique évoluent et cela dépend du père Abbé et de l’orientation qu’il initie. Il faut savoir la faire reconnaître.

L’appréciation de l’autorité et des problèmes de gouvernance conduit à observer une grande variété d’attitudes. Il faut distinguer les situations de mini souveraineté comme celle des ministères des affaires étrangères, du ministère de l’intérieur ou de la défense et celles d’exercice de l’autorité comme le pouvoir dans une entreprise ou la situation du préfet. Le point commun est qu’il n’y a pas d’autorité sans partage, concertation, adhésion de ceux à qui on s’adresse.

Plus le temps va, plus grandit l’exigence de ceux sur qui on a autorité, plus il est nécessaire d’expliquer pour qu’il y ait adhésion. Le temps passé à expliquer et asseoir l’adhésion est du temps gagné pour un exercice facile et fluide du projet sur lequel on s’engage.

L’exercice d’un ministère quel qu’il soit est une moyenne nécessaire entre palabre et décision. Avec certains dirigeants, les entretiens ne débouchent sur aucune décision. D’autres au contraire, prennent les décisions peut-être même avant la concertation prévue pour cela. Dans le premier cas, il est difficile de voir une action se dérouler correctement. Le risque dans le deuxième est tout aussi grand par manque de confiance et de suivi. On a pu confronter les deux méthodes, à l’occasion du percement d’un tunnel en zone frontière franco-italienne. Les travaux conduits par le groupe ferroviaire français ont commencé assez tardivement mais ils ont été bien menés et ont bien abouti. Ceux menés par le groupe ferroviaire italien qui avait démarré beaucoup plus vite n’ont pas pu être menés à terme de façon satisfaisante. L’évacuation des déblais et toutes sortes de dispositifs annexes n’avaient pas été prévus correctement. Le déroulement de l’opération n’a jamais pu être organisé de façon cohérente. L’analyse préalable et la prise en compte de nécessités parallèles font partie de l’autorité.

Une position d’autorité engage la position de partage avec tous ceux auxquels l’autorité s’adresse : contact avec la presse et les autres médias, contacts directs. Les succès politiques sont le fruit de la communication, cela est clair en ce qui concerne la communication des objectifs bien sûr mais aussi dans la capacité à l’écoute. L’attitude arrogante est rarement payée de reconnaissance. Une frustration suscitée par le manque d’attention peut gâcher irrémédiablement un moment privilégié. Celui qui vient à la rencontre de l’autorité demande avant tout d’être écouté.

L'exercice de l’autorité implique la séduction. Il faut faire accepter des solutions qui ne sont pas spontanément plébiscitées. De façon très concrète, l’évacuation des déblais dans le cas de la réalisation d’un tunnel ferroviaire, mais bien plus souvent il faut faire accepter des sacrifices financiers. Pour faire appliquer les décisions prises pour une bonne gouvernance, il faut souvent faire accepter de payer plus d’impôts. Tout dépend de la manière dont c’est expliqué. Même une punition est acceptée si elle est juste.

Comprendre ce qui est juste ou non relève du mystère dans le domaine de la spiritualité. Face au malheur, le sentiment est d’abord celui de l’injustice. La question est celle du rapport entre Dieu et ses créatures. Mais dans les rapports entre les humains, le sentiment de justice et d’équité est inné. Il importe pourtant de montrer comment il est appliqué. C’est cela qui nécessite pédagogie et préparation. Laisser s’installer le sentiment que l’on exploite les pauvres et les petits n’est pas un gage de pérennité. La confiance liée au sentiment de justice et d’égalité est un gage de suivi et d’efficacité. La confiance est liée au sentiment de justice. L’égalité et l’efficacité viennent après. La confiance suppose le dialogue, suppose de dire la vérité. La transparence va avec le sentiment de justice.

La confiance, comme l’autorité, se mérite dans les rapports humains. C’est une manière de s’engager soi même. Le colonel Bigeard était l’image constante de l’engagement personnel au sein de sa troupe. Le partage entre les officiers à qui l’on fait confiance et ceux qui semblent plus ou moins fiables se fait rapidement. Dans les armes, lors du service militaire et pendant la guerre d’Algérie, la responsabilité d’un certain nombre d’hommes et la mise en danger des personnes sous son autorité donne un relief particulier à cette forme de responsabilité.

L’exercice de l’autorité dans la fonction de préfet n’est pas compliqué du fait des problèmes qui se posent mais du fait de la nécessité d’entraîner les hommes et les femmes qui doivent mettre en œuvre les solutions qui s’imposent. Il s’agit de mettre en œuvre une politique publique. Lorsque la sécheresse touche la région que vous devez administrer, interdire le prélèvement d’eau est une décision qui s’impose, la difficulté est de la faire comprendre pour qu’elle soit appliquée. Lorsqu’à l’inverse, la politique agricole commune montre que la même région génère une quantité de lait excessive, parvenir à faire diminuer la production est plus difficile.

Faire reconnaître le bien fondé d’une décision relève de la bonne utilisation d’une palette d’outils pour créer l’opinion. Il n’y a pas de « modèle d’autorité » mais il y a des constantes : les composantes sont toujours la nécessité de délégation, un facteur de séduction, l’explication et la pédagogie.

On peut estimer avoir réussi lorsque l’on devient le notaire d’une décision que l’on a aidé à prendre. La formule souligne le souci de suivre un engagement et l’évolution d’une participation. Au début, 20% pour, 80% contre et, au bout d’un certain temps, 80% pour, 20% contre. C’est sans doute ainsi que, François Mitterand pour l’abolition de la peine de mort et Simone Weil pour la légalisation de l’avortement, ont pu compter leurs partenaires et leurs adversaires. Ils se sont trouvés notaires d’une décision de société. Avant d’observer le renversement des tendances, prendre les décisions suppose d’avoir mesuré les capacités de fermentation et d’avoir fait appel à une lucidité qui peut parfois aller à l’encontre d’une opinion pour le bien à long terme d’un pays.

L’autorité confiée peut relever d’un mécanisme ou du pouvoir. Il faut savoir en user. Lorsqu’il s’agit de réglementer les prélèvements d’eau, on agit par décret. On pourrait presque dire que c’est facile. Mais c’est l’application au niveau industriel qui permet de lire les effets suivis. Diriger une industrie suppose d’imposer son autorité à chaque décision. Il n’y a pas d’autorité dans la fonction mais dans le bien fondé de chacune des opérations menées.

Etre investi d’une autorité rend responsable de cette autorité. Il faut en retour rendre compte à ceux qui vous mettent dans la position d’autorité. Dans le cas de responsabilité territoriale, à ceux qui vous ont élu, dans le cas de responsabilité industrielle à ceux qui vous ont nommé. C’est là que se voit le plus grand changement. La nécessité de rendre compte à ceux qui vous ont fait confiance ne cesse de croître. Un poste d’autorité est un poste de responsabilité.

Une autre évolution est celle de l’accroissement de la nécessité de délégation. Il faut centraliser les objectifs et décentraliser les décisions. Par exemple, pour l’amélioration de la sécurité routière, l’objectif – diminuer le nombre de morts par accidents de la circulation – est clair et simple. Les acteurs sollicités et les moyens appliqués ne cessent d’augmenter, facteurs techniques et humains, réglementations, …

Les procédures ne se substituent pas à l’humain. Elles peuvent jouer le rôle de garantie. Même nécessaires, elles ne seront pas suffisantes.

 
Quelle qu’en soit la figure, quelles qu’en soient les composantes, la fonction d’autorité ne faiblit pas.
 
 

François Lépine
Propos recueillis par Camille Petit








 

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