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Bulletin en cours
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N°17

AVANT
Sagesses de la mémoire

Hommage à Jacques Chopineau


. Regard sur l'Avant
 Jacques Chopineau
 
 .
Le chemin de l'homme
 Jacques Chopineau

. Une histoire d'amitié
Pierre Lehnebach
 
. La vie de la lecture
Béatrice Bailleux

. Le garçon à la pie grièche
Anne Marie Reijnen
 
. Compagnon silencieux du dialogue
 Mohammed Jamouchi

 
. Jacques es-tu là ?
Mohammed Jamouchi

. En chemin avec le vagabond de Bosch
Chantal Humbert

. Mémoire après un génocide
Argan Aragon -Marcela Gerreda

. Peurs et promesses du passé
Camille Petit




  


 

 

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La « Cité radieuse »
Une révolution de l’urbanisme dans la France des années 50
C. Humbert
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Unité d'habitation. Marseille 1952. Maquette. DR. in.Le Corbusier.Poétique, machines, Symboles. Par Alexandre Tzonis. Editions Hazan 2001

 

•    Rassembler les composantes d'une ville en un seul volume


En un seul volume, la « Cité radieuse » rassemble toutes les composantes d’une ville avec ses services de proximité, ses espaces de loisirs et de convivialité.

S’intéressant très tôt à l’urbanisme, Charles Edouard Jeanneret-Gris (1887-1965), qui deviendra Le Corbusier, projette dès son adolescence d’écrire un livre, une leçon en forme d’apologie contre sa ville natale La-Chaux-de-Fonds, reconstruite selon des principes hygiénistes. Il n’a que dix-sept ans quand son professeur lui obtient la commande de la villa Fallet. Avec ses honoraires, il part pour un long périple, parcourant l’Italie, la Grèce et la Turquie. Pièce maîtresse de son voyage initiatique, l’Acropole d’Athènes le fascine tellement qu’elle lui inspire cette définition de l’architecture perçue comme « le jeu savant, correct et magnifique des volumes assemblés sous la lumière ».
S’établissant définitivement à Paris en 1917, il fonde deux ans plus tard la revue « l’Esprit nouveau », qui connaîtra entre 1920 et 1925 vingt-huit numéros. Avec son cousin Pierre Jeanneret, il ouvre en 1922 un atelier au 35, rue de Sèvres, où viendront travailler des architectes du monde entier jusqu’à sa mort en 1965. Ainsi le Corbusier totalement inconnu à son arrivée dans la capitale, acquiert-il en moins de dix ans une réputation internationale. Appliquant ses principes dans la construction de villas, il conçoit aussi le projet d’une ville contemporaine de trois millions d’habitants. Notre urbaniste propose encore la création d’une cité d’affaires au centre de Paris ; c’est le plan Voisin exposé  en 1925 au pavillon de l’Esprit nouveau, à l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes. La même année, il publie « Urbanisme », un ouvrage surprenant dans lequel il suggère de rebâtir des villes de fond en comble. Bouleversant l’espace traditionnel, Le Corbusier élimine peu à peu la rue, pivot organisateur de la ville depuis l’antiquité. Condamnant l’existant, il en écarte aussi la rhétorique architecturale, ses symétries et ses ordres décoratifs. Ces divers projets, volontairement provocateurs et impossibles à réaliser, veulent surtout mettre en garde l’opinion sur la situation catastrophique des grandes métropoles.  


•     « La ville radieuse »

Les proportions.  in. Le Corbusier. 
Gallimard. Découvertes
A la suite d’un essai de « ville verte » à Moscou, Le Corbusier désire bâtir dès 1930 une ville idéale, car le comportement des individus est intrinsèquement lié à l’architecture dans laquelle ils vivent. En effet, les  concepts d’habitat moderne quels que soient les dimensions ou les matériaux employés sont pour notre urbaniste intimement liés à l’avènement d’un « homme nouveau ». Rêvant aussi d’un ordre nouveau, né de l’automobile et de la mécanisation, il préconise donc un habitat collectif normalisé. Il s’inspire du principe modulaire de la cellule monastique et de la cabine des transatlantiques : son but est de trouver un juste équilibre entre vie collective et vie individuelle, qui régissent l’organisation d’un couvent ou d’un paquebot. La cité idéale, divisée en unités d’habitations séparées, reconstituerait aussi la vie sociale grâce à des services communs. Disposée en bandes parallèles, elle comprend donc plusieurs cités satellites, destinées à accueillir des établissements d’enseignement, un centre d’affaires composé de gratte-ciels cruciformes, une zone de communications ferroviaires et aériennes. Outre des hôtels et des ambassades, on y trouve encore une bande verte ainsi que plusieurs zones réservées à diverses industries et aux transports de marchandise. Au système linéaire, Le Corbusier superpose les marques d’un idéogramme anthropomorphique rappelant la figure célèbre de Léonard de Vinci : la « tête » renfermerait les tours cruciformes du centre administratif, le « cœur » serait le gardien de la zone culturelle avec de part et d’autre les « poumons » résidentiels. L’enjeu est au total de répondre au problème du logement collectif en réunissant sous un même toit tout ce dont l’homme moderne a besoin pour s’épanouir socialement.
Rassemblées dans « La Ville Radieuse », présentée en 1934 dans la charte d’Athènes et publiée en 1935, ses théories révolutionnaires vont être en partie appliquées au 280 boulevard Michelet à Marseille, cristallisant vingt-cinq ans de recherches en matière d’architecture et d’urbanisme.


•    280 boulevard Michelet : 25 ans de recherches
    
A la suite des bombardements, Marseille manque de 34 000 logements et l’Etat sollicite donc Le Corbusier pour construire un nouveau type d’habitat social. Habiter, travailler, se cultiver le corps et l’esprit, circuler sont donc les quatre fonctions-clé présidant à la conception du bâtiment.
L’architecte y expérimente aussi l’efficacité de trois techniques particulières : il se sert d’abord du béton brut contrastant par fort ensoleillement avec d’autres éléments plus finis tels les balcons extérieurs saillants. Il met aussi en pratique à l’ensemble de l’édifice un système fondé sur deux séries de Fibonacci, les séries dites rouge et bleue, utilisant le modulor. La dernière innovation vient du traitement polychrome des plans verticaux rentrants des brise-soleil qui contribuent à séparer les balcons des appartements.
Edifiée entre 1945 et 1952, la « Cité radieuse » aux façades rythmées par des loggias multicolores fait référence aux paquebots transatlantiques. Prenant la forme d’un village vertical avec ses neuf étages de 135 mètres de longueur et de 56 mètres de haut, elle est construite effectivement sur le principe de la verticalité. S’opposant à la ville horizontale dévoreuse d’espace, elle favorise la pénétration de la lumière. Le système constructif retenu dit « du casier à bouteilles » consiste à aménager des appartements à l’intérieur d’une ossature de poteaux et de poutres en béton armé.
Sur dix-sept niveaux, des duplex traversant d’est en ouest pour suivre la course du soleil sont effectivement imbriqués les uns dans les autres. L’unité d’habitation est fondée sur le modulor : gamme de mesure harmonique, il combine une figure standard de 2,26 mètres aux proportions harmonieuses du nombre d’or.
Répartis en vingt-trois types, les 337 appartements ont une surface de 40 à 50 % supérieure à celle des H L M et bénéficient encore d’une double orientation. Tous les nombres définis par les suites du modulor sont encore repris dans les mesures à l’intérieur des appartements, qui sont accessibles par 6 longs couloirs baptisés « rues intérieures ». Un soin particulier est porté à l’insonorisation : chaque porte est éclairée à la différence des couloirs intérieurs, laissés volontairement sombres pour dissuader le bavardage entre les habitants ! Dans ses étages centraux, la cité marseillaise comprend également des bureaux et divers services commerciaux : épicerie, boulangerie, café, hôtel, librairies spécialisées … Placés dans les couloirs, des glacières et des boîtes de dépôts à provisions permettent aux habitants d’être ravitaillés chaque matin.
Elle inclut aussi un lieu de convivialité créé sur le toit, comportant gymnase, théâtre de plein air, maternelle, pataugeoir et plage.


•    Polémique autour de la "Cité du Fada" 

Le développement d'une agglomération. In. Le Corbusier. Gallimard. Découvertes
Présentant une foule d’innovations, cette unité d’habitation marseillaise déchaîne des passions. Surnommée la « maison du fada » par quelques journalistes malintentionnés, elle est aussitôt l’objet d’une vive critique : au lieu d’être un lieu d’épanouissement, la cité radieuse est vite identifiée à une boîte, son habitat uniforme engendrant répétition et tristesse. Dans les colonnes du New Yorker, on la qualifie de « the Marseille’s Folly ».
Le village vertical, révolutionnaire et utopique, avec ses rues intérieures et ses aménagements est également vite apparu comme une négation de la ville et de ses équipements. Les grands principes corbuséens, de fait dénaturés, vulgarisés ont été ensuite appliqués à tort et à travers. Certains accouchèrent d’ailleurs de l’hérésie de certains grands ensembles.
Mais doit-on attribuer à notre architecte tous les maux de l’explosion urbaine ? Face à des villes grossissant de 1 000 personnes par jour, il a tout simplement voulu apporter des solutions aux problèmes immenses qui surgissaient. Le modèle marseillais proposé en 1945 par Le Corbusier diffère entièrement des « cages à lapins » dont il n’est pas l’inventeur.
Indifférents à toutes ses railleries, ses habitants plébiscitent la cité radieuse. Plusieurs appartements sont d’ailleurs aujourd’hui encore habités par des résidents de 1952 et beaucoup ont attiré une clientèle aisée d’enseignants et d’architectes. Elle a même fait école servant de modèle à quatre autres cités radieuses : Rezé-Nantes (1948-1955), Briey (1956-1963), Firminy (1959-1967) et Berlin (1957).
Classée monument historique depuis 1986, la cité radieuse est candidate à une prochaine labellisation de l’Unesco. En 2007, elle est même entrée au Palais de Chaillot, à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine : un appartement type de l’unité d’habitation y est reproduit à l’échelle de l’original. Pas besoin d’aller à Marseille pour visiter l’appart’modèle du Corbusier !



•    Quelques réflexions à débattre

« Manhattan est une ville si hostile aux besoins les plus fondamentaux du cœur humain que le rêve d’évasion s’incruste en chaque cœur. Partir ! Ne pas dissiper sa vie, celle de sa famille, dans cette dureté implacable. Ouvrir les yeux sur un coin de ciel, vivre auprès d’un arbre, au bord d’une pelouse. Et fuir à jamais le bruit, le tumulte de la cité. Ce rêve innombrable s’est matérialisé. Des millions d’habitants sont ainsi partis vers la campagne chimérique. Y allant, s’y installant, ils ont tué la campagne. C’est la banlieue, cette région immense si loin, étendue autour de la ville. Il n’est demeuré que le rêve, le rêve désespéré d’être libre, au moins maître de son destin. Ceci représente quotidiennement des heures de métro, de bus ou de pullman. Et la privation de toute vie collective - cette sève de nation. Et ceci n’est plus qu’une vie faible de liberté, porte à porte avec le voisin, fenêtre contre fenêtre, la route devant la porte, le ciel coupé par les toits d’alentour et le peu d’arbres qui restent après tout ciel ».

Le Corbusier dans la revue « American Architect », 1936.

« Le premier : fournir dans le silence, la solitude et face au soleil, à l’espace, à la verdure, un logis qui soit le réceptacle parfait d’une famille.
Le second : dresser face à la nature du Bon Dieu, sous le ciel et face au soleil, une œuvre architecturale magistrale, faite de rigueur, de grandeur, de noblesse, de sourire et d’élégance ».

Objectifs initiaux du Corbusier dans la « Ville radieuse ».

« Faite pour des hommes, faite à l’échelle humaine, dans la robustesse des techniques modernes, manifestant la splendeur du béton brut, pour mettre les ressources sensationnelles de l’époque au service du foyer ».

Discours inaugural du Corbusier à la cité radieuse de Marseille.

« Dans ce village vertical de 2000 habitants, on ne voit pas son voisin, on n’entend pas son voisin, on est une famille placée « dans les conditions de nature »-soleil, espace, verdure. C’est la liberté acquise sur le plan de la cellule, l’individu, le groupe familial, le foyer. Au plan du groupe social, c’est un bénéfice des service communs confirmant la liberté individuelle ».

Citation de Le Corbusier gravée sur l’un des murs de la cité radieuse de Berlin.

« Il faut inventer, décréter les travaux de paix. L’argent n’est qu’un moyen. Il y a Dieu et le Diable - les forces en présence. Il est encore temps de choisir, équipons plutôt que d’armer. Ce signe de la Main ouverte pour recevoir les richesses créées, pour distribuer aux peuples du monde, doit être le signe de notre époque ».

Extraits aussi de  « La Ville radieuse », faisant allusion à la Main ouverte du complexe indien de Chandigarth ; jamais édifiée, elle obséda le Corbusier jusqu’à son décès en 1965.
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