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Bulletin en cours
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N°17

AVANT
Sagesses de la mémoire

Hommage à Jacques Chopineau


. Regard sur l'Avant
 Jacques Chopineau
 
 .
Le chemin de l'homme
 Jacques Chopineau

. Une histoire d'amitié
Pierre Lehnebach
 
. La vie de la lecture
Béatrice Bailleux

. Le garçon à la pie grièche
Anne Marie Reijnen
 
. Compagnon silencieux du dialogue
 Mohammed Jamouchi

 
. Jacques es-tu là ?
Mohammed Jamouchi

. En chemin avec le vagabond de Bosch
Chantal Humbert

. Mémoire après un génocide
Argan Aragon -Marcela Gerreda

. Peurs et promesses du passé
Camille Petit




  


 

 

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Le temps perdu et le temps retrouvé téléscopés
dans l'oeuvre de Chirico
C. Humbert
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 Notion impalpable, idée abstraite, le temps interpelle beaucoup les artistes. Tel est le cas des peintres surréalistes au début du XX éme siècle, qui renversent les valeurs traditionnelles fouillant dans l’inconscient. Cette révolution n’est en fait que la reprise organisée de thèmes anciens : la vie et la mort, et surtout le passé, le présent et le futur. Ils existaient déjà dans les fétiches d’Océanie, dans les œuvres de Bosch. On les retrouve aussi dans les recherches de Vinci, dans les allégories d’Arcimboldo sans oublier certaines gravures de Goya ainsi que les lavis d’Hugo.
 
Avec l’aventure surréaliste, les œuvres d’art mêlent plus que jamais et sans vergogne passé, présent et futur. Ainsi Giorgio de Chirico (1888-1978) arrête-t-il dans ses tableaux le rythme logique de la vie universelle. Cette démarche l’a d’ailleurs fait considérer comme l’inventeur de la peinture métaphysique. Jonglant de l’antinomie ancien/moderne, Chirico veut d’abord saisir l’énigme du moment et représente le temps comme « un enfant qui joue » pour reprendre la formule célèbre d’Héraclite. 
 
 
•    Visions du temps qui passe
 
 
 L'enigme d'une journée - 1914
Musée d'art moderne - New York
in "De Chirico" Ed. Le cerle d'art - 1995
 
Né à Athènes, de parents italiens, le jeune Giorgio se nourrit de la philosophie de Friedrich Nietzsche et d’Arthur Schopenhauer. Etudiant à l’école des beaux-arts de Munich, il est fasciné par les tableaux fantastiques d’Arnold Böcklin et de Max Klinger dans lesquels des reconstructions théâtrales représentent la mémoire du monde classique. De retour en Italie, Giorgio de Chirico entame en 1910 une série d’œuvres où le mot « énigme » revient sans cesse dans les titres tels « L’Enigme de l’oracle », « L’Enigme de l’heure » (1912). L’année suivante, il rejoint à Paris son frère Alberto Savinio se liant d’amitié avec les écrivains Paul Valéry et Guillaume Apollinaire.
 
Tout en s’écartant du cubisme et des autres avant-gardes picturales, Giorgio va bâtir progressivement son univers sur une infinité d’évocations et de détails. Ses œuvres parisiennes recherchent une conception qualitative du temps qui apparaît linéaire et irréductible à la succession mécanique. Ces tableaux mettent en scène des locomotives, des statues, des arcades et des gares. Liés au temps qui passe, ces éléments divers évoquent son enfance et son adolescence. Elles ont été secouées, perturbées par des départs et des voyages trop fréquents.
 
Transcrivant des objets de la civilisation industrielle, le peintre veut aussi signifier l’idée du déplacement inquiétant, « stressant » vers une destination inconnue. Cette démarche diffère complètement des futuristes s’enthousiasmant pour le progrès technique; cheminées d’usine et trains deviennent alors chez Chirico des métaphores de la métaphysique du destin. Il peint par exemple en 1912 « La matinée angoissante ». Acquis par le marchand Paul Guillaume, le tableau est ensuite entré dans la collection de Paul Eluard, puis dans celle d’André Breton. Aujourd’hui, il est exposé au musée d’art moderne et contemporain de Rovereto en Italie. Inaccessible et inatteignable, le temps semble s’être figé, suspendu dans un contexte spatial déroutant.
 
Très construite, la composition définit l’espace en éléments architecturaux strictement alignés : à droite, des arcades en enfilade surgissent inondées d’ombre dans la pâleur fantomatique de l’édifice antique. Giorgio de Chirico joue sur des chromatismes sans nuance. Il immobilise encore au premier plan une locomotive à la silhouette obscure ; elle fait écho à la solitude noire de la place déserte et inanimée.
La vacuité sinistre du tableau est d’autant plus angoissante qu’aucun humain n’est figuré, qu’aucun bruit n’est suggéré. Cette atmosphère oppressante évoque une confidence qu’avait faite Claude Lévi-Strauss à un journaliste lors d’un interview : « Quelle serait votre plus grande peur au coeur d’une capitale comme Paris ? » Le philosophe, père du structuraliste, répondit que ce serait flâner d’un monument historique à l’autre dans un Paris complètement inanimé, sans voitures, sans animaux, sans insectes, sans repères humains …    
 
 
•     L'éternité pétrifiée
 
 
La matinée angoissante
In "Italia nova" p. 162 
Exposition 2006. Ed. R M N
Notre « Matinée angoissante » appartient à la série des « Places italiennes ». Elles décrivent des compositions emblématiques unissant des décors architecturaux anciens à l’actualité symbolisée par des espaces désertiques.
 
Giorgio de Chirico continue de travailler l’unité temps par la présence simultanée d’une locomotive et de la reproduction d’une œuvre antique. La réalité méticuleusement analysée et l’espace figé dans une perspective classique renaissante, deviennent par l’effet d’une transposition fantastique l’expression d’une surréalité onirique. Juxtaposant les éléments du passé et le pressentiment d’un avenir technologique, Giorgio de Chirico transforme aussi des objets courants, familiers jusqu’à leur faire rencontrer leur contraire. Sa technique picturale a d’ailleurs retrouvé un métier presque traditionnel, avec une franchise d’écriture évitant l’exécution minutieuse.
 
Les héros ont déserté la scène et il y règne un sentiment de profonde tristesse. Dans cet espace désert, vidé de tout être humain naît alors le « mannequin », personnage clé de la peinture métaphysique chiricienne. Subterfuge inquiétant de l’homme, le mannequin à tête ovoïde est formé d’un assemblage d’armures. Il comprend des équerres, des tés, des règles qui se mélangent souvent à divers vestiges venant de ruines antiques. Figures étonnantes, tragiques et dérisoires, les mannequins se vêtent, se surmontent et s’entourent d’objets hétéroclites. Hommes sans visages ou femmes déconcertantes, ils sont effectivement disposés dans un contexte spatial et temporel, complètement étranger, mais hautement symbolique. Aussi intitulée « L’incertitude », « L’inquiétude du poète » qui vient d’entrer dans les collections du musée Pouchkine, se range parmi les œuvres les plus significatives de cette période métaphysique : elle décrit la rencontre inattendue entre un corps de femme, un régime de bananes et des arcades, symboles érotiques. Aux antipodes du train en partance, « L’incertitude » exprime tout le regret d’un rendez-vous raté. 
 
 
 
Les muses inquiétantes  - 1925
Galerie nationale d'art moderne - Rome
in "De Chirico" - Ed. Le cercle d'art - 1995
 
 
Rentré en Italie en 1915 et mobilisé à Ferrare, Giorgio de Chirico poursuit ses œuvres figurant des mannequins à l‘instar des « Muses inquiétantes » habitées de mille angoisses. A la fois imposantes et burlesques, ces spectaculaires figures barrent l’entrée du palais des seigneurs de Ferrare dont la perfection architecturale est rendue dérisoire par le contrepoint d’une usine. Enigmatiques, autonomes et pétrifiées, nos muses font régner la poésie de l’immobile : « n’osant pas bouger », elles écoutent « la musique du silence » dira d’ailleurs René Crevel.
 
Adhérant au mouvement dada, Giorgio de Chirico définit l’art en 1919 dans « Valori Plastici », revue fondée l’année précédente par Mario Broglio : il est « le filet fatal qui saisit au vol, comme de grands papillons mystérieux, ces moments étranges qui échappent à l’innocence et à la distraction des heures ordinaires ».
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