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Bulletin en cours
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N°17

AVANT
Sagesses de la mémoire

Hommage à Jacques Chopineau


. Regard sur l'Avant
 Jacques Chopineau
 
 .
Le chemin de l'homme
 Jacques Chopineau

. Une histoire d'amitié
Pierre Lehnebach
 
. La vie de la lecture
Béatrice Bailleux

. Le garçon à la pie grièche
Anne Marie Reijnen
 
. Compagnon silencieux du dialogue
 Mohammed Jamouchi

 
. Jacques es-tu là ?
Mohammed Jamouchi

. En chemin avec le vagabond de Bosch
Chantal Humbert

. Mémoire après un génocide
Argan Aragon -Marcela Gerreda

. Peurs et promesses du passé
Camille Petit




  


 

 

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Relectures des textes fondateurs de l'Islam
Une approche plurielle entre science discursive et connaissance intuitive
M. Jamouchi
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Le Coran n’est pas lu avec la même perspective par l’imam qui encadre une communauté et par l’érudit en quête de l'Etre 
 
 
  
  
Une question essentielle posée par les Européens musulmans, en quête de spiritualité, est exactement celle que se posaient les réformistes et se posent encore les penseurs du renouveau et autres intellectuels du monde : Comment vivre sa spiritualité à notre l’époque ?
 
Les musulmans en Europe sont en mesure de s’abstraire des considérations socio-économico-politiques des pays du tiers-monde. Aussi ont-ils moins de contestations sur la légitimité des institutions et de leur démocratisation. Autant d’éléments favorables à un développement spirituel serein. Certes, mais encore faut-il qu’ils puissent vivre leur spiritualité dans la dignité. Nous assistons à une transformation profonde (démocratisation de l’enseignement, sécularisation, laïcisation, individualisation, acculturation, modification des rapports de parenté, capitalisme asocial, économie consumériste,…) de la spiritualité et de la religiosité cette transformation n’est pas sans conséquence sur l’évolution de l’islam en Europe qui suit des trajectoires diverses, aboutissant à des orientations diamétralement opposées.
 
Une tendance résolument réformiste et ouverte se dessine face à un pôle radical et fermé. L’une appelant à plus de communautarisme, de fracture sociale, de malentendus culturels et autres amalgames, voire à une théologie de la haine aboutissant au « choc des ignorances » préjudiciable à la convivialité interculturelle, au modus vivendi. L’autre promeut la rencontre, l’échange, le métissage, l’enrichissement et défend la reconnaissance et la diversité des identités culturelles dans le respect mutuel. C’est dans ce second cadre que l’intellectuel musulman peut s’épanouir.
 
Entre le modernisme des uns et le puritanisme des autres, il y a ceux qui sont absorbés par un divertissement pascalien. Mais il faut surtout attirer l’attention sur les dizaines de millions de citoyens de culture musulmane qui n’aspirent qu’à vivre paisiblement leur spiritualité.
 
La structuration de l’islam en Europe dépendra tant des choix effectués par les musulmans que du cadre sociopolitique dans lequel ils sont insérés (politique d’intégration en vigueur).
 
 S’il nous faut favoriser un dialogue constructif entre identité musulmane et société contemporaine, il convient tout autant de créer un dialogue intra-communautaire.
 
 
• Dialogue intra-musulman
 
Dans ce cadre du renouveau du discours religieux, les nuances entre les écoles juridiques (rites) s'estompent, parfois au point que certains développent une jurisprudence des minorités, même si le concept est contesté. Une autre conséquence logique serait de voir les clivages entre islam sunnite et chiite perdre de leurs pertinences. En effet, les conflits opposant chiites et sunnites sont moins de nature religieuse que politique et doctrinale. Les chiites privilégient l’usage de la raison et l’interprétation. Dans les temps anciens, cela a favorisé l'émergence de penseurs et philosophes dans l’histoire persane et iranienne et facilité le renouveau du discours religieux. Pour raviver l’élan d’une telle entreprise, le potentiel intellectuel de la communauté musulmane en France est considérable.
 
 
• Présupposés coraniques
 
D’aucuns considèrent que l’Islam est entièrement fondé sur un Livre : le Coran. Pour les adhérents de cette religion, les choses ne sont pas aussi simples… Quoiqu’il en soit, ce texte demeure une référence spirituelle indéniable pour l’ensemble des musulmans. Des quatre vingt dix neuf attributs divins, celui qui a incontestablement le plus marqué les consciences est la « parole d’Allah » telle qu’elle réside dans le Coran. Celle-ci a été conservée dans les mémoires, transcrite sur différents supports et répétée à chaque occasion.
 
Cette parole divine, encore perceptible grâce au Livre, exprimerait toute la révélation. Cette transcription en arabe de la pensée divine serait inimitable, complète et chargée d’un message antérieur à toute création, qui synthétisant, entre autre, la Loi mosaïque et le logos de l’Evangile, est la source unique et sûre de la connaissance. Ainsi, la complétude et la synthèse qu’opère le texte coranique rendraient superflues les révélations antérieures. Cette parole ou récitation ne saurait souffrir aucune addition ni même une traduction qui dénaturerait l'oeuvre inimitable. Dès lors, les « essais d’interprétations » les plus scrupuleux se heurtent au manque de considération de la part de ceux qui n’y voient qu’une tentative insatisfaisante pour approcher le sens d’un texte au caractère sacré.
 
Le discours coranique est idéographique (expressions concises, lettres énigmatiques,…), phonétique (composé de rimes riches), il décrit aussi des scènes paradigmatiques (figures d’Abraham, Joseph, Salomon,…). D’aucuns, plus intellectuels, plus mystiques, plus contemplatifs revendiquent de relire le Coran, de repenser l’islam, de vivre en dehors des schémas préétablis des rituels. C’est tout l’appel d’une approche gnostique qui n’a pas consacré de rupture entre théologie et philosophie. Autant de raisons qui rendent la traduction difficile, voire improbable. Que ce soit dans sa langue originaire ou dans une langue européenne, il n’en demeure pas moins une possible ouverture vers l’interprétation.
 
 
 • Relectures coraniques
 
La première difficulté à laquelle est confronté le lecteur européen, est la traduction. Hormis les difficultés linguistiques inhérentes au passage d’une langue sémite à une langue latine, il faut savoir qu’il persiste dans la plupart des éditions du Coran des erreurs grossières. L’érudition et la culture scientifique font défaut au traducteur formé dans la pure tradition philologique. Une nouvelle traduction ne pourrait faire l’économie de l’élaboration de nouveaux concepts, profanes et sacrés, dans les langues européennes.
 
De nombreux musulmans demeurent, à n’en pas douter, satisfaits d’une lecture littérale de la « parole de Dieu » telle qu’elle s’incarne dans le Livre et à travers ses commentaires traditionnels et classiques. Cependant, pour ceux qui revendiquent un examen approfondi, ces lectures ne manqueront pas de montrer leurs limites.
 
Pour les musulmans, interroger l’énigme de l’existence revient à interroger le Coran. Or toute interrogation concerne essentiellement des problèmes propres à une époque donnée et à une communauté donnée. Les interrogations ne sont pas forcément les mêmes ou n’ont pas les mêmes finalités d’une époque à une autre. Interroger le Coran ne signifie donc pas interroger les exégèses classiques mais bien au contraire en créer de nouvelles et garder ouvert le champ de la réflexion, évitant ainsi de réduire le Coran à un manuel de prescriptions et d’ordonnances.
 
Le débat se situe sur la façon dont les musulmans peuvent répondre aux questions de la modernité.
 
Les exégèses traditionnelles présentent des explications étymologiques, grammaticales, historiques et religieuses. Nonobstant le mérite qui revient aux exégèses modernes, celles des « ingénieurs du Coran », traitant d’aspects scientifiques (médical, physique, biologique, géologique,…) celles-ci demeurent parcellaires.
 
L’approche hitorico-critique aborde le Coran sans état d’âme à l’instar de celui qui décortique un vulgaire texte. La déconstruction des discours dogmatiques en matière religieuse permet de comprendre que ce qui est parfois présenté comme sacré n’est en réalité que conjecture historico-politique. Dans cette démarche certains peuvent voir un processus de désacralisation : le Coran serait un « produit religieux » soumis à des outils d’analyse « non musulmans ».
 
Le Coran suit-il notre logique humaine ? Il apparaît, dans sa version codifiée et telle qu’elle nous a été transmise (deux opérations marquées du sceau du politique), qu’il ne se plie pas à la logique aristotélicienne, notamment en ce qui concerne le principe du tiers exclus ; pas plus qu’il ne suit l’ordre chronologique. Il offre une autre théorie du langage. Seule une approche empathique peut révéler une cohérence interne modulable selon la sensibilité du lecteur. Quoique le Coran ne soit pas un texte qui puisse être limité par nos catégories rationnelles, les réformistes musulmans du XIXème siècle avaient remis à l’honneur ce courant de pensée. Les rationalistes musulmans de tout temps avaient choisi de « philosopher » pour se conformer au Livre. Cependant, les courants traditionalistes ne manqueront pas de faire remarquer que celui qui utilise « l’analyse occidentale » ou s’inspire des philosophes des Lumières finit inéluctablement par adopter l’athéisme. Or, cet amalgame entre « sciences coloniales », rationalité et athéisme est dénué de fondement. Autant de malentendus qui font qu’aujourd’hui, en Europe, l’enseignement dispensé dans les instituts de formation musulmans, est réduit à un savoir à caractère juridico-théologique [1].
 
L’analyse du Coran n’est pas réductible à la seule démarche rationnelle et académique.
« Ceux qui sont doués d’intelligence » (expression coranique maintes fois répétée) ne prennent pas au pied de la lettre ce qui est conté de façon métaphorique et paradigmatique mais le même verset affirme aussi que « nul autre que Dieu ne connaît l’interprétation du Livre. »(Coran 3, 7).
 
Il s’agit de ce que le Coran a nommé l’allégorique. (Coran 3, 7) : « C’est Lui qui a fait descendre sur toi le Livre. On y trouve des versets explicites : c’est la Mère du Livre, et d’autres qui sont allégoriques.
Ceux qui ont dans leur cœur une distorsion s’attachent à ce qui est allégorique, car ils recherchent la discorde et sont avides d’interprétation ; mais nul autre que Dieu ne connaît l’interprétation du Livre. Ceux qui sont enracinés dans la science disent : " Nous avons foi en Lui, tout vient de notre Seigneur ! ". Mais seuls réfléchissent ceux qui sont doués d’intelligence. »
 
L’articulation de cette dernière phrase à suscité diverses interprétations : « Ceux qui sont enracinés dans la science » sont-ils capable de connaître le sens caché ?
 
L’introduction des sciences contemporaines (linguistique, sciences sociales, philosophie,…) n’est pas partagée de tous ; certains prétextent que les présupposés épistémologiques sont issus des problématiques (progrès des sociétés et philosophies) occidentales et à ce titre étrangères aux sociétés musulmanes. Or, l’application de ces sciences permet de prendre en considération les questionnements et les problèmes actuels dans leurs explications coraniques. En outre, on ne saurait négliger l’apport d’orientalistes confirmés[2].
 
A notre époque, nous devons pouvoir bénéficier des sciences humaines et sociales sans perdre de vue les spécificités du texte coranique tel qu’éviter de confondre une révélation « cosmique » qui a une valeur noétique et un caractère prophétique avec un texte humain et lui appliquer les sciences humaines telles quelles, sans précautions. On ne peut perdre de vue que le texte coranique qui s’enracine dans une métaphysique n’est pas trivial. Il convient de prendre des précautions en appliquant les sciences humaines d’une période donnée et appartenant à une culture particulière sur un texte considéré comme révélé, supposé divin et intemporel, et valable pour tous les lieux et tous les temps.
 
On ne manquera pas d’avoir une lecture thématique, afin que l’exégèse prenne en compte nos problèmes et questionnements du moment. Dans cette perspective, c’est le vécu qui doit orienter l’exégèse.
 
L’une des catégories des sciences coraniques entreprend la corrélation entre versets et sourates. Une telle recherche offre au lecteur la possibilité d’une interaction active avec le texte. Cette étude herméneutique exige une vision complète du texte (depuis le 1er chapitre jusqu’au 114ème) avant d’entreprendre son traitement textuel local.
 
Pour le croyant, qui le mémorise de façon linéaire, le Coran est le guide, la conscience qui l’illumine, il n’est pas posé devant lui tel un objet d’étude, il l’utilise pour s’en inspirer, l’invoquer, il le médite pour le comprendre. Mais sous prétexte qu’il s’agit d’un Livre qui fonde la Loi des croyants, que seuls ceux qui L’invoquent et qui sont versés dans la science (religieuse) peuvent accéder au sens profond qu’il renferme, les traditionalistes se sont conformés à la lettre de la Loi pour modéliser une communauté.
 
Le croyant comme le gnostique ne saurait se satisfaire d’une démarche aussi réductrice. A l’instar de l’art et de la philosophie, la vitalité spirituelle se déploie essentiellement en marge de l’académisme. Celui-ci ne saurait prétendre fournir les réponses à celui qui est en quête de sens lorsqu’il interroge son texte fondateur.
 
Enfin, une approche plus symbolique, plus spirituelle, faisant fi de l’arsenal des sciences coraniques, suggère de plonger dans la science de Dieu que « tout les océans ne sauraient épuiser ». Poursuivant avec la métaphore nautique, nous dirions que le lecteur n’en assimile que quelques gouttes.
 
Le Coran est comme un fleuve coulant, chacun peut s’y ressourcer, cependant, seuls les savants peuvent bénéficier d’une plus grande partie mais personne ne peut l’assimiler entièrement ! « Au-dessus de tout savant, il y a toujours plus Savant. »
 
La quête de la connaissance de la parole divine passe par la connaissance intuitive et empathique qui transcende les arguments de la raison et ceux transmis par l’enseignement des Anciens. L’indigence de la raison humaine a souvent été soulignée par les soufis qui se distinguent des rationalistes auxquels ils reprochent de restreindre le terme « science » aux méthodes discursives (connaissance qu’aucun discours, jamais n’épuise), et aux traditionalistes qui se bornent à l’étude du patrimoine classique (corpus transmis par mimétisme de génération en génération). 
 
 
• Le Coran est-il accessible à tous ?
 
Le Coran a été révélé dans une langue explicite, compréhensible et accessible à tous et à toutes les époques en dépit des différences de niveau intellectuel, de culture et de connaissance des lecteurs. Le but de la révélation étant de consolider la foi et de fortifier une Loi reposant sur des coutumes dont la plupart ont été réformées. Le contenu sémantique des mots et des expressions du Coran est lié à nos appréhensions.
L’essentiel des réponses fondamentales que se pose le croyant n’ont-elles pas été affirmées clairement ?
 
Il existe de nombreux versets pouvant être compris par le musulman lambda. Le Coran est accessible à tout le monde mais tout le monde ne l’appréhende pas de la même façon. En outre, depuis mille ans, les théologiens les plus confirmés ont été nombreux à introduire une dichotomie entre peuple et élite intellectuelle. Ils sont d’avis qu’il existe des versets (comportant des narrations et sagesses anciennes et autres paraboles) dont la portée n’est saisissable, ne peut être mise en évidence que par des spécialistes, sociologues, historiens, philosophes,… Les significations que nous pouvons dégager des vocables du Coran sont nécessairement des significations mouvantes, évoluant avec nos connaissances et nos représentations du monde. Chacun peut le comprendre selon son niveau d’instruction et son domaine de compétence.
 
Nous assistons aujourd’hui à de nouvelles lectures, à des lectures et des explications modernes quoique partielles du Coran par de nombreux savants (ingénieurs, médecins, géologues, astronomes, etc.) qui ont entrepris une exégèse. A celles-ci s’ajoutent des contributions féminines. Cependant, nonobstant tout le mérite que l’on peut leur reconnaître, ces nouvelles démarches restent insuffisantes, elles demandent à être complétées. Il ne suffit pas d’appliquer une culture scientifique particulière au Coran ! Si l’ingénieur ou le médecin peut se ressourcer dans tout le Coran, il ne peut appliquer sa spécialité à l’ensemble du Coran dans la mesure où la perspective psychologique, la dimension sociologique et l’aspect ésotérique lui font défaut. Face à ces nouvelles démarches et entreprises, on peut s’interroger sur la pertinence des exégèses précédentes (dont plusieurs dizaines sont biens répandues) ?
 
 
• L’exégèse doit-elle être l’œuvre d’un savant isolé ?
 
Durant les premiers siècles, les théologiens étaient des novateurs, ils représentaient l’avant-garde, ils n’étaient pas en déphasage par rapport aux acquis de l’humanité. En outre, les savants étaient encyclopédiques. Actuellement, l’exégèse doit être l’œuvre, l’entreprise d’un groupe interdisciplinaire de savants afin de prétendre et d’atteindre à de meilleurs résultats. Sans cette complémentarité de compétences, on ne pourra apprécier le Coran dans toute son étendue et accéder au sens profond.
 
Afin d’y remédier, pourquoi ne pas songer à mettre en place une commission pour mettre en synergie plusieurs savants oeuvrant de façon complémentaire ? Il conviendrait de créer une commission interdisciplinaire à laquelle devraient être associés ceux qui sont en charge des affaires Culturelles et Sociales, de l’Enseignement national, et de la Recherche scientifique. A défaut d’une telle démarche, on ne saurait le comprendre dans sa plénitude, dans son sens global, on n’aboutira pas à davantage de résultat que l’exégèse ancienne (œuvre d’un seul auteur).
 
Des groupes de recherche scientifique pourraient être créés pour se pencher sur l’Histoire, sur les textes coraniques, l'exégèse, les courants et les tendances musulmanes… En outre, rien n'empêche ces équipes de travailler de concert avec les théologiens. L’unité est le principe fondamental. Elle doit être recherchée aussi bien à travers l’unité des sciences et des savoirs induisant une approche qui ne soit pas un cloisonnement des savoirs et n’engendre pas de tensions entre les sciences religieuses, humaines, sociales et naturelles.
 
 
• Faut-il encore multiplier les exégèses ?
 
Il existe déjà plusieurs centaines d’exégèses différentes. Cependant, certaines exégèses traditionalistes parmi les plus répandue s sont fondées sur des traditions inauthentiques, la démonstration n’est plus à faire.
 
Sur ces nouvelles bases, de nouvelles explications du texte s’avèrent nécessaires car de nos jours, les savants ont de meilleures connaissances sur les traditions authentiques et les autres (la typologie en comporte cinq). Ils détiennent des éléments d’informations dont les Anciens ne disposaient pas.
 
Le Coran ne cesse de livrer ses trésors et d’étonner les croyants, ceux-ci ne tarissent pas. De nouvelles exégèses seront toujours nécessaires et revendiquées. Ces nouveaux efforts ne cesseront pas car l’homme est toujours en quête de réponses sur l’énigme de la Création et de l’existence.
 
Quid des anciennes exégèses ? Celles-ci ont nécessité d’énormes efforts : il existe plusieurs types d’exégèses : historique, juridique, rationnel, rhétorique, linguistique,... Ces exégèses anciennes comportent des erreurs dues aux manques de connaissances, de sources d’informations. Aujourd’hui, le développement de la linguistique nous permet de corriger et de revoir certaines d’entre elles en de nombreux passages. Le texte coranique reste tel quel, c’est son explication, son interprétation qui change en fonction du temps, de l’évolution de la société et du développement des sciences, de notre vision de l’homme, du monde et de la divinité. Depuis le deuxième siècle de l’hégire sont apparus près d’un millier d’exégèses, pas toujours complètes, certaines d’entre elles étaient spécifiques aux considérations juridiques et d’autres étaient basées sur des traditions inauthentiques !
 
Que faut-il garder et que faut-il délaisser des anciennes exégèses ? D’aucuns affirment que le seul modèle d’exégèse sûr pour les musulmans est celui du Messager (qui n’a pas dicté une exégèse systématique) mais qui a entamé une exégèse partielle dans la mesure où il donnait des explications aux Compagnons (qui nous ont laissé ses enseignements relatifs aux explications du Livre). Cette opération s’est faite très tôt, à tel point que certains savants considèrent qu’il s’agit de la première science islamique.
 
Dans la mesure où il n’existe donc pas une exégèse sacrée, il faut retenir des anciennes exégèses ce qui coïncide avec l’enseignement du Coran et abandonner ce qui ne s’y accorde pas.
 
 
• Une spiritualité musulmane renouvelée
 
L’étude du Coran a parfois été occultée par le poids des usages et des traditions[3] et biaisée par la nébulosité de certains discours théologiques contradictoires les uns envers les autres. Des savants et autres érudits se sont abîmés dans les disputes théologiques au péril d’y entraîner leur communauté respective.
 
Le Coran est moins mis en cause que les discours qui prétendent le transmettre. Les exégètes sont-ils suffisamment instruits des savoirs humains (mathématique, physique, histoire, philosophie, poésie,…)  pour prétendre expliquer la « parole divine » ?
 
Ce qui était rénovateur voire révolutionnaire au neuvième siècle peut sembler, aujourd’hui, bien archaïque, voire conservateur. Ce n’est pas tant la nostalgie d’un « âge d’or » qui initie un cheminement spirituel mais la recherche de nouveaux éléments interprétatifs du texte fondateur sur la base de nouvelles connaissances élaborées par l’époque contemporaine. « Ce ne sont pas les cendres qu’il faut transmettre mais la flamme »
 
 
• Complémentarité des approches 
 
Nonobstant ces complémentarités, intelligentes et biens comprises, force est de constater que la science comme la religion dissimule mal l’ignorance foncière de l’homo sapiens sapiens.
 
Il faut se rendre à l’évidence qu’il y a lieu d’aborder les questions religieuses de façon autonome, sans velléité de pouvoir, en les investissant par l’intelligence du cœur et de la raison. Car la spiritualité ne se conçoit pas sans la « connaissance ». Les différents courants de pensée qui incarnent une tendance, à l’exclusion d’une autre, ne doivent plus se jeter l’anathème mais tenter de les réhabiliter voire de les réconcilier afin d’élargir leurs connaissances.
 
Ces différentes initiatives d’intellectuels et d’autodidactes ne demandent qu’à être formalisées dans un cadre institutionnalisé : institut de recherche et de formation. En effet, ces nouveaux commentaires et réflexions de penseurs contemporains ne sont pas encore constitués en école ou courant de pensée.
 
Reconnaître la validité de plusieurs lectures et leurs limites c’est aussi reconnaître qu’il y a plus d'une voie vers Dieu. Dieu est Un mais ses noms comme les spiritualités sont multiples. « Tout ceux qui s’élèvent convergent. »
 
 
 

 
 
[1] JAMOUCHI Mohammed, « Belgique, Formation sur l’islam dans les Instituts supérieurs de Sciences Islamiques privés », Islam, Revue trimestrielle d’histoire et de théologie musulmane, n°2, septembre-novembre 2002, p. 40-41.
[2] Pensons à Massignon pour la mystique musulman et à Corbin pour la pensée shiite et iranienne.
[3] Esprit d’avant consacrera ultérieurement un numéro aux traditions.
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