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Bulletin en cours
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N°17

AVANT
Sagesses de la mémoire

Hommage à Jacques Chopineau


. Regard sur l'Avant
 Jacques Chopineau
 
 .
Le chemin de l'homme
 Jacques Chopineau

. Une histoire d'amitié
Pierre Lehnebach
 
. La vie de la lecture
Béatrice Bailleux

. Le garçon à la pie grièche
Anne Marie Reijnen
 
. Compagnon silencieux du dialogue
 Mohammed Jamouchi

 
. Jacques es-tu là ?
Mohammed Jamouchi

. En chemin avec le vagabond de Bosch
Chantal Humbert

. Mémoire après un génocide
Argan Aragon -Marcela Gerreda

. Peurs et promesses du passé
Camille Petit




  


 

 

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L'arbre qui tombe
J. Chopineau
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Lien de causalité et lien de concomitance

Quel lien y-a-t-il entre un événement et l’information qui le relate ? La question vaut d’être posée car, dans une société comme la nôtre, un événement n’existe que s’il est médiatisé. D’abord deux sortes de lien se présentent : causalité ou concomitance. Dans le premier cas (causalité), une relation logique peut être établie entre deux faits. L’un procède de l’autre. La relation est établie et le lien devient visible. Dans le deuxième cas (concomitance), par contre, aucun lien de causalité n’est perçu. Il y a ceci et, comme par hasard, il y a aussi cela. Certes, une concomitance répétée amène à se poser des questions sur une éventuelle causalité. Mais le chemin peut être long…

Une enquête approfondie peut faire apparaître un lien profond. En sorte que les événements semblent liés entre eux. Encore faut-il que nous soyons informés du lien qui unit les événements. Et c’est là que le bât blesse. Notre information est parfois déficiente, voire inexistante. Ainsi, des liens sont ignorés ou délaissés. Dans ce cas, ils ne sont pas perçus pour ce qu’ils sont.  Autre lieu, autre temps, autre contexte et, surtout autre style… car la manière de dire joue ici un rôle capital.

Une maladie habituelle de ce que nous nommons « information » est de considérer comme existant ce dont on parle et inexistant ce dont on ne parle pas. Et un fait est d’autant plus important qu’on en parle beaucoup, au moins aujourd’hui car tout passe et lasse vite... Il faut cependant se souvenir de ce dit indien selon lequel « un arbre qui tombe fait plus de bruit qu’une forêt qui pousse ». Notre information donnera tous les détails sur l’arbre tombé, mais non sur la forêt qui pousse silencieusement : Gros-plan sur l’arbre qui tombe, mais éventuellement rien sur la forêt de l’arrière-plan.

Quel est donc le lien entre un événement et la manière dont il en est rendu compte ? Il n’est pas de réponse simple à cette question. D’autant que les temps, les lieux… les styles et les modes jouent un rôle déterminant et influent sur le visage de cette « information ». Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà…

 

Un exemple

Les exemples seraient nombreux, dans plusieurs domaines de ce nous nommons « information ». Bornons-nous ici à une manière de parler (voire de penser) souvent déconnectée de toute réalité concrète. Ainsi, rien n’est plus courant que d’entendre parler d’Europe. On oublie généralement de nous préciser de quelle sorte d’Europe il s’agit. Comme si le terme lui-même était un programme et un seul… Et ceux qui n’adhèrent pas à ce programme sont qualifiés d’ »eurosceptiques ». En fait, quantité d’européens adhèrent à ce grand projet, mais sans adhérer toujours aux modalités actuelles de sa mise en œuvre. Il est vrai qu’on leur demande rarement leur avis. Il arrive même que l’on ne tienne pas compte de cet avis. Cela n’incite sans doute pas à voter ! Pense-t-on qu’il est possible de construire cette Europe sans que les peuples européens soient réellement consultés ?

Sans doute : « une autre Europe est possible ». Cela est vrai –dans l’absolu- mais force est de constater que ce n’est pas le chemin qui est pris. L’Europe en construction est, par exemple, vouée à un ultralibéralisme obligé, avec son cortèges d’inégalités. Telles sont les règles du jeu que cette Europe se donne. Mais pourquoi choisir ce « jeu » ? Au vrai, ce jeu n’est pas le nôtre, même si –à courte vue- l’Europe devait s’enraciner dans le camp des plus riches et des plus puissants. C’est comme si, d’ailleurs, malgré les crises, il n’y avait pas de terme à l’enrichissement. Comme si l’amélioration –non de la vie, mais du niveau de vie- pouvait se poursuivre indéfiniment, de par le monde. La croissance appelant, quasi naturellement, la croissance.

Si telle était la vérité il faudrait, pour l’humanité croissante, plusieurs terres à exploiter ! Mais du fait qu’il n’en est qu’une seule pour tous les humains, il importe de se souvenir de cette parole de Gandhi selon qui la terre produit assez de richesses pour les besoins de chacun, mais pas assez pour les convoitises de chacun… De là, pourtant, l’actuel règne de Mammon et du profit-roi… Non pas simplement du profit. Evidemment, une entreprise qui ne ferait pas de profit serait menacée dans son existence. Cela n’est, certes, pas nouveau… Mais le profit-roi est d’une autre sorte. Plus, toujours-plus de profit est ici l’aimantation dominante. Même s’il faut pour cela licencier, délocaliser, fermer des entreprises….  L’important est de réaliser plus de profit. C’est là une justification suffisante pour le « jeu »…

Dans cette Europe, justice, solidarité… font, certes, partie du langage, mais non toujours de la réalité.  Et, d’ailleurs, tout aménagement devrait trouver grâce aux yeux de Mammon –nom antique de  l’ultralibéralisme dominant. Dans cette vision : plus on consomme et plus on existe.  Les ci-devant citoyens sont  devenus des consommateurs. Telles sont les règles du jeu : qu’importe si les pions sont mangés. L’important n’est-il pas de gagner finalement la partie ? C’est un jeu et telle est la règle du jeu. Les pions sont moins importants que les grosses pièces. Le problème est que des personnes humaines ne sont pas des pions. Et il ne s’agit pas d’un jeu ! Les « pions » humains pourraient bien, un jour, se révolter… Pour le meilleur et pour le pire, ainsi commencent toutes les révolutions.

Autre inconvénient  grave, cependant : On rapproche, sans les critiquer, des concepts inconciliables. L’expression « Démocratie de marché » est une de ces expressions. En réalité, l’expression n’a aucun sens dans le domaine de l’économie où les décisions reviennent aux personnes jugées les plus compétentes. Par contre, la démocratie est du domaine de la politique. Un responsable politique est élu. Sa compétence est liée à une élection. Ce qui ne saurait être le cas d’un dirigeant d’entreprise !

C’est ici que le lien que l’on établit entre « démocratie » et « marché » est un lien imaginaire… mais non innocent ! C’est la source du « jeu » évoqué plus haut. En effet, le grand marché tire avec soi un certain type d’Europe. Le grand marché transatlantique implique une Europe politiquement alignée. Peut-on imaginer une Europe alignée politiquement, mais libre économiquement ? C’est absurde : Ultralibéralisme rime avec atlantisme. Mais de ce lien on ne parle guère, ni à gauche, ni à droite.

Autre lien (habituellement non perçu par le simple travailleur) est que cette Europe devrait inclure la Turquie, ainsi que le demanderont toujours les présidents américains. Pourquoi ? C’est que tous les présidents américains sont attachés à l’OTAN et que le plus gros pilier de l’OTAN est justement la Turquie.

C’est pourquoi l’occupation d’une partie de Chypre, malgré les condamnations de l’ONU, n’est l’objet d’aucune  mesure contraire de la part de cette Europe alignée. Ainsi, l’histoire et la géographie pèsent d’un poids moins grand que les réalités politiques. L’Europe (géant économique et nain politique) ne peut que « choisir » de s’intégrer et d’intégrer ce gros pilier Turc de l’OTAN.

Plus tard, viendront d’autres problèmes comme, par exemple, ceux qui seraient engendrés par un peuple kurde divisé par une frontière entre « européens » et « non européens ». Mais curieusement il n’est jamais question de cela : les choix de l’Europe sont ceux de l’OTAN. Pense-t-on sérieusement que les choix économiques peuvent être différents des orientations politiques ?

 

Un lien faussé : l’idéologie

L’opinion exprimée ici n’est aucunement idéologique. Au contraire, une manière de fausser cet indispensable lien politique est le recours à une idéologie qui expliquerait le présent et l’avenir de telle société. Du passé faisons table rase…  

On a, jadis, cru qu’une telle idéologie pourrait changer la face du monde. Mais une idéologie est une sorte de dogmatique politique. Comme telle, elle définit sa vérité et combat pour le triomphe de sa vérité. Même si beaucoup meurent dans ce combat !

Citons un dit de sagesse de Khalîl Gebran : « La plupart des idéologies sont comme la vitre d’une fenêtre : On voit la vérité à travers elle, mais elle nous sépare de la vérité ».En d’autres termes : Nous voyons peut-être ce qu’il faudrait changer, mais voir et faire sont des réalités différentes. Ainsi, le plus souvent, l’idée (et l’idéologie) donne de voir, non de faire…

Parfois, la contrainte a voulu faire coïncider ce voir et ce faire. Telle est la dictature (et peu importe, ici, qu’elle soit de droite ou de gauche : la violence est toujours à l’horizon d’une telle contrainte).

Mais l’expérience montre que la violence, toujours, engendre la violence. Finalement, à courte vue, c’est le plus fort qui l’emporte … pour un temps ! Mais gagner la guerre ne signifie pas : gagner la paix. On peut gagner la guerre et perdre la paix. Le cas se voit souvent mais, là-encore, il n’en est guère fait mention.

Revenons au titre de ces lignes : « l’arbre qui tombe ». Sans doute, il tombera… Mais la forêt qui pousse est une autre Europe, sociale, démocratique qui saurait se montrer accueillante, solidaire, fraternelle… bref : européenne. Une espérance (une forêt) vers laquelle nous voudrions marcher. Encore faut-il qu’un chemin soit perceptible. De toutes façons, certainement, le but est encore loin !

Jacques Chopineau

 
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