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Bulletin en cours
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N°17

AVANT
Sagesses de la mémoire

Hommage à Jacques Chopineau


. Regard sur l'Avant
 Jacques Chopineau
 
 .
Le chemin de l'homme
 Jacques Chopineau

. Une histoire d'amitié
Pierre Lehnebach
 
. La vie de la lecture
Béatrice Bailleux

. Le garçon à la pie grièche
Anne Marie Reijnen
 
. Compagnon silencieux du dialogue
 Mohammed Jamouchi

 
. Jacques es-tu là ?
Mohammed Jamouchi

. En chemin avec le vagabond de Bosch
Chantal Humbert

. Mémoire après un génocide
Argan Aragon -Marcela Gerreda

. Peurs et promesses du passé
Camille Petit




  


 

 

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Ouvrir le paysage - La vallée de la Haute Bruche
J.S. Laumond
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• Définir l’identité d’un territoire, c’est aussi définir sa propre identité
 
« On est du pays qu’on voit ». Engager des actions paysagères concrètes c’est recréer des liens sociaux, aller à la redécouverte de qui on est et où on vit. A partir du moment où on se voit, on se parle. A ce moment là, on agit ensemble. A un moment donné, on se met à travailler pour retrouver des milieux ouverts à vocation agricole. On se voit derrière.
 
C’est à partir de cette volonté d’écoute et de rencontre que se définit la dynamique du paysage. Il y a 15 ou 20 ans, on amenait des projets sur les communes. Il fallait ensuite user de tous les outils de la persuasion pour qu’ils soient mis en oeuvre. Actuellement, c’est au stade de la prise de conscience qu’il faut apporter de l’aide aux élus et aux propriétaires. Il s’agit de prendre en compte l’existence de risques importants : l’acidification des sols du fait de la généralisation des conifères, le recul de l’activité agricole et la parcellisation sous l’effet du désir de plus en plus répandu d’accéder à la résidence en propriété privée. Derrière ces tendances, il y a une logique du lien avec le territoire qu’on essaie de faire revenir aux habitants.
 
La prise de conscience peut-être immédiate. Sur un simple coup d’œil. On voit certains territoires escarpés, encaissés. Le moindre territoire enfermé crée une pression. Sur les plateaux, l’urbanisation gagne. Faire partie du territoire c’est percevoir chaque parcelle comme faisant partie d’un ensemble. S’il y a enrésinement, il y a aussitôt une perte d’appartenance au territoire.
 
La reconnaissance du paysage concerne au même titre les anciens et les nouveaux habitants. Les nouveaux habitants sont nombreux. Ce sont souvent de jeunes couples qui travaillent dans les pôles économiques proches mais aussi des personnes qui viennent prendre leur retraite. On les appelle des « Rurbains ». Ce sont des personnes dynamiques, originaires de la région alsacienne, plus large que la Bruche. Il faut leur faire prendre conscience que la vallée qu’ils rejoignent est plus qu’un jardin. Les amener à y participer en termes de gestion.
 
La première chose est « d’emmener sur le territoire » pour amener une prise de conscience. L’expression peut surprendre lorsqu’il s’agit de personnes qui résident sur ce territoire mais elles n’en ont pas nécessairement une vision d’ensemble, une vision partagée. Si on voit que les choses bougent et que cela concerne la vie au quotidien, la logique d’action est touchée, de façon primordiale. On comprend que le territoire a une capacité d’espace à vivre, on repère la relation entre les fonds de vallée et les terrasses, la vocation de chacun.
 
L’essentiel est d’entretenir un regard neuf qui se soucie de la cohérence du paysage sans pour autant tomber dans la carte postale ancienne. Il faut constamment réinventer la manière de produire un espace en accord avec le mode de vie et l’activité agricole d’aujourd’hui. La carte postale ancienne est un outil pur qui permet de prendre conscience de l’évolution. Après la réaction immédiate : « C’était mieux avant », la vision du changement permet d’engager une réflexion sur les projets paysagers communaux. Assurer la gestion du paysage répond à la double exigence de l’investissement public et de la logique de réhabilitation de l’espace. Cela se travaille en réunions publiques. « Qu’est-ce qu’on espère avoir dans 15 ou 20 ans. »
 
• Un effort permanent pour faire converger les intérêts de chacun avec le support des outils de l’aménagement
 
Le paysage est un comme un petit enfant qu’il faut éduquer et les enjeux sont souvent contradictoires : maintenir une unité paysagère et intégrer des intérêts particuliers, sauvegarder un patrimoine naturel et s’ouvrir aux nouvelles possibilités économiques. Faire prendre conscience de l’importance du paysage dans la structure intercommunale est un axe de travail à part entière souhaité par les élus. Les acteurs se renouvellent, c’est pourquoi une charte est nécessaire. Y mettre un chargé de mission qui porte la bonne parole et apporte les outils sur le territoire témoigne de l’importance qui est accordée à l’effort d’investissement pour l’amélioration du cadre de vie. C’est un acte politique fort.
 
Le rôle du responsable de l’aménagement du territoire est celui de la burette d’huile. Un rôle d’animation. Il entretient les rapports entre les élus, les habitants et les propriétaires. Aujourd’hui, la sensibilisation est faite. L’effort porte plutôt sur le cadrage. C’est aussi tout un ensemble de compétences pour la mise en œuvre. Il faut savoir faire suivre les décisions prises, en actions. La méthodologie est parallèle à celle des parcs naturels : à partir des avis des élus et de la vision de ce qu’ils veulent faire, on travaille à la mobilisation des gens sur le territoire. La dimension de l’énergie, plus particulièrement le souhait d’avoir recours à l’énergie renouvelable, vient constamment rebattre les cartes. Dans ce cadre, c’est une force d’être multiples.
 
L’intérêt de porter cette dynamique à l’échelle intercommunale intensifie la prise de conscience du rôle des acteurs locaux sur leur territoire. La mutualisation des moyens permet d’engager une action à égalité entre les plus petites ou les plus grosses communes. Il n’y a pas nécessairement d’effet de concurrence. On peut se sentir équivalent, parce que petit ou grand on est capable de faire avancer un projet. C’est aussi inviter à regarder son espace avant celui du voisin. A travers la communauté de communes de la Haute Bruche, créer envie de voir, de recréer du paysage, « on peut le faire ». Avec l’arsenal d’outils des associations foncières on peut lui donner une réalité dans le temps.
 
La porte d’entrée « paysage » amène à constituer un « socle territoire » en accord avec les habitants. Elle permet d’appréhender par la vue le lien entre la gestion publique et les intérêts privés. C’est le fruit de la relation entre le milieu naturel et la population. La gestion de biens privés et publics sur un territoire représente la conciliation des forces et des faiblesses. Par exemple, le souci propre à la vallée de la Bruche, la déprise d’anciens paysages à vocation agricole de fonds de vallée ou péri villageois, amène la sensibilisation des habitants à la prise en compte de la modification de l’ensemble devant la multiplication d’espaces privés bâtis. Ils changent leur regard pour celui d’un intérêt public général. Leur territoire leur appartient mais appartient aussi aux autres. Ensuite, si l’on veut assurer une gestion qui permette de maintenir un espace agricole, il faut garantir la cohérence des outils de planification et les adapter aux logiques d’aménagement.
 
Pour une commune rurale de 3000 habitants, la finition des aménagements péri- villageois permet de mettre à jour le plan local d’urbanisation. La requalification des espaces urbanisables et non urbanisables, pour le commun des mortels, c’est la partie cachée de l’iceberg, mais c’est un travail essentiel sans lequel on ne saurait garantir un bon usage de l’espace et des relations publiques vraies.
 
L’intégration du plan paysage se fait dans le travail quotidien. Si le travail est porté par la commune, l’intégration de la qualité dans les espaces naturels et dans les espaces bâtis est assurée et traduite réglementairement dans le PLU*. La charte intercommunale permet de dépasser les intérêts personnels. La ligne de conduite qu’elle définit est un appui technique et permet aussi, si un regard particulier s’affirme, qu’il s’inscrive à terme dans un ensemble.
 
Il faudrait aller plus loin. Parfois, il n’y a pas de lecture du paysage. Il faut toujours rappeler les lignes définies pour la perspective d’aménagement. La clé d’entrée paysage permet une vision globale. Ensuite, il faut la traduire à l’aide des outils, administratifs le plus souvent. Le mal actuel c’est que le plan paysage et le PLU restent des visions verticales. Pour que la clé d’entrée paysage soit une vision globale, il faut se donner des outils véritablement interactifs. Les projets devraient être planifiés par une démarche de type SCOT*. L’outil peut faire peur car dans certains cas les règles de propriété privée pourraient être remises en cause mais c’est avant tout un cadre cohérent dont l’usage permettrait la planification de nos opérations de reconquête des espaces au bénéfice du plan d’aménagement concerté. On assiste trop souvent à une fuite en avant sur la consommation de l’espace. Il est difficile de parvenir à une vraie réforme de l’urbanisation dans la jungle où se mêlent les outils de planification et les opérations foncières.
 
Le POS* fonctionne comme un plan, il se conforme à un dessin, il reste plus proche du clientélisme. Les articles 11 et 13 du PLU permettent d’aller très loin sur le conseil d’aménagement des parcelles, les autorisations de plantations. Le PLU permet une mise en perspective dans le temps. C’est un outil de planification qui permet une vision programmée de l’aménagement et du développement. Les outils de planification actuels - passage du POS au PLU – pourraient traduire une approche paysagère. S’ils ne le font pas, ce n’est pas pour des questions de moyens.
 
A chaque étape la dimension concernée définit les acteurs impliqués. Pour la définition des projets, la communauté de commune, pour la mise en œuvre la communauté s’il s’agit de l’ensemble, une mairie si une seule commune est en cause. Et cela, pour les espaces boisés, les espaces agricoles, le bâti …
 
Les actions de communication assurent la cohérence dans le temps. Un plan paysage est animé. Des actions d’animation permettent à la fois une meilleure connaissance et une meilleure application du projet.
 
En fonction du coût des opérations, il est fait appel à des prestataires et à des bureaux pour des études nécessitant des compétences techniques spécifiques. L’ensemble prend le relais des services assurés par l’état il y a 20 ans mais en s’assurant l’appui d’une ingénierie locale et en redonnant du poids aux conseillers communaux en ce qui concerne l’avenir et la prospective.
 
 
• Le développement du paysage implique les acteurs de l’économie
 
Par ordre d’importance, il faut considérer la définition du « Plan paysage », le rôle de l’intercommunalité, le dispositif de mise en œuvre. Mais rien de tout cela ne pourrait exister sans les espaces naturels, évidemment et aussi la prise en compte des ressources et de leur valorisation, de l’économie.
 
Les critiques que l’ont peut adresser au plan de paysage c’est qu’il y a la tentation de l’effet de mode, aménagement de la place de l’église, manque de dynamique dans le temps. Inversement, un véritable plan de développement du paysage dépasse, même si ils sont importants et méritent que l’on s’y intéresse, les problèmes du bâti rural. Il doit permettre à des agriculteurs de bénéficier de nouveaux espaces impliquant une vision de l’économie.
 
Dans le cas de la Haute Bruche, le plan d’aménagement a tout d’abord été confié à un économiste pour réagir à la crise industrielle. Il est vite apparu que trois lignes d’actions étaient indissociables et complémentaires. Depuis 1990 la mise en œuvre du plan s’appuie sur trois chargés de mission : environnement, économie, tourisme. En effet, la gestion de l’espace ne peut pas plus dissocier la gestion du foncier et la politique paysagère qu’elle ne peut manquer de penser la reconversion de l’économie.
 
L’ingénieur agronome permet de prendre en compte la double demande de l’urbanisme et de la forêt. Pour l’urbaniste, le projet est celui d’un consommateur d’espace, à l’heure actuelle avec les contraintes d’économie d’énergie. Il lui faut produire un paysage cadre de vie. Lorsque lui arrive la demande de panneaux solaires sur de vieilles fermes, il lui faut comprendre comment a été vécu le paysage et quelle dynamique peut s’y développer. Nous sommes à l’ère des éoliennes. Ce n’est pas forcément incompatible avec le paysage. Il faut être dans l’ancien et dans le moderne.
 
Les entreprises du secteur ont pour la plupart été confrontées à la problématique de l’usage du bois. Pour se maintenir, elles doivent se tourner vers l’extérieur mais sont plus des entreprises de première transformation que de seconde transformation. Sous la pression des matériaux modernes et de l’évolution industrielle, les produits locaux perdent leur valeur. Le Formica a été le type même du matériau marquant le progrès et le confort à l’intérieur des ménages. Cela a été à l’encontre de la valorisation de la matière première locale. Même proposant des produits d’une durée de vie plus longue, travailler les matières plastiques a été une fuite en avant. Cela ne permet toujours pas la valorisation de la production locale. Mêmes fabriquées sur place, la préférence pour les fenêtres en PVC plutôt qu’en bois est encore une dévalorisation de la matière première locale. Trouver des entreprises qui valorisent les produits locaux est très important.
 
L’aménagement des routes et des autres moyens de transport détermine le développement ou la ruralité. Il faut une cohérence de projets pour réussir un développement. La région Alsace peut-être fortement peuplée. Si les petites vallées ne préparent pas la remontée des gens sur les hautes vallées, si l’évolution n’est pas préparée, elle sera subie.
 
La dynamique du développement suppose une approche du plan de paysage. Une vision de préservation d’espaces agricoles sur les bans communaux, là où il peut il y avoir la tentation d’urbanisation du fait des propriétaires individuels. Un schéma de cohérence territoriale est en phase d’élaboration. D’un point de vue pratique, il s’agit essentiellement de faire remonter les éléments définis à l’échelon de chaque commune jusqu’au SCOT, passer du PLU au SCOT, cela relève de l’emploi d’un stagiaire. Mais l’enjeu est d’envergure. L’étude établie par chaque commune est une étude paysagère. Il importe de garder l’approche paysagère comme clé d’entrée première.
 
Un plan paysager communal comporte tout d’abord un état diagnostic sur la situation il y a 15/20 ans, puis une vision prospective : quel paysage on veut sur 10, 15, 20 ans. A la suite de cela, des fiches actions sont établies pour le bâti, le forestier, l’agricole. La liste des actions possibles est validée. La mise en œuvre se fait avec les élus et les propriétaires.
 
La démarche peut être comparée à certaines expériences approchantes dans le réseau national suivies dans le cadre du réseau « Mairie-conseil ». En ce qui concerne le problème du paysage rural confronté à la pression de l’urbanisation, il se passe des choses très intéressantes ailleurs, sur des territoires plus ruraux que les nôtres. Il y a des expériences d’urbanisme très intéressantes dans les parcs nationaux. Mais lorsqu’il y a ruralité, rien ne peut être du copié-collé. L’usage quotidien oblige à une reprise constante. Par exemple, le massif du Piémont engage plus d’urbanisation.
 
Le travail accompli par la vallée de la Haute Bruche relève d’une méthode de travail que l’on pourrait reprendre sur le territoire français. L’attribution du prix du paysage en 2007 entrouvre une porte. La mention spéciale en fonction de la réalité économique est une reconnaissance du fond de la méthodologie. Plus que l’aménagement d’un parc paysager, le plan crée un espace de requalification d’un site. Conforter l’agriculteur en tant qu’acteur économique. Le projet allie les objectifs du développement économique et celui de la création d’un espace de vie pour les habitants de la vallée et les Strasbourgeois. Le parc est un ensemble permanent de coûts de gestion. Il ne sera vivant durablement que si l’ensemble des ressources locales s’en trouve valorisées et permet de les contrebalancer.
 
 
Jean Sébastien Laumond
Propos recueillis par C. Luuyt
 
 
*POS : Plan d’occupation des sols – prévu par la loi d’orientation foncière, 1967.
 
*PLU : Plan local d’urbanisation – prévu par la loi relative à la solidarité et au renouvellement urbain (SRU), 2000. Devrait remplacer progressivement le POS.
 
* SCOT : Schéma de cohérence du paysage - mis en place par la loi SRU, 2000.
 
 
 
Description de l’action paysagère en vallée de la Haute Bruche
 
œ Historique
Une vallée marquée au XIX°siècle par l’activité industrielle du textile et l’économie agricole se voit peu à peu désertée par le déclin de ces deux activités. En 1980, une communauté de communes se crée et s’engage dans la reconquête du paysage et notamment dans la lutte contre les friches et l’extension des résineux.
La création d’un « paysage nouveau » ( réouverture des perspectives et reconquête de l’ensoleillement), la relance de l’activité agricole et la valorisation de produits locaux a permis l’arrivée de nouveaux habitants et le développement du tourisme.
En 2007 La vallée est lauréate du grand prix national du paysage avec mention spéciale.
 
œ Action
Opérations de déboisement
Création de fonds de soutien aux activités agricoles
Création de 17 AFP – Associations foncières pastorales – permettant
Réhabilitation de pâturages communaux
Acquisition de parcelles boisées en friches
Création de 2 fermes relais
Restauration de vergers
 
œ Politique et outils
Ecoute et concertation entre la communauté de communes et les habitants
Travail d’animation et présence d’un agent chargé du développement
Soutien financier de l’Union européenne, de l’état, de la région Alsace, du Conseil régional du Bas Rhin.
 
http://www.hautebruche.com/CCHB/vivre/article_ac_paysages.php?id=53
 
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Recueillis par
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Editions Espaces et Signes