A propos du pastoralisme nomade

A. Bourgeot

L’usage courant met sous les mots des significations diverses qui peuvent amener à des incompréhensions, notamment en ce qui concerne le nomadisme. La clarification des notions nécessaire pour établir une typologie met en évidence qu’à des modes d’habitat et de subsistance correspondent des représentations et des relations sociales spécifiques. C’est ce qui nous importe ici.
 
La typologie est simplificatrice : ce ne sont que des repères que je veux présenter et non des modèles. Elaborer une typologie revient à décrire la diversité de situations en la représentant sous forme de catégories ou de types. La typologie simplifie la réalité en la réduisant à quelques principaux types qui peuvent être décrits à partir de ses éléments invariants et de ses éléments variables
 
 
Le Nomadisme¬†–¬†Approche empirique
 
Au vu des soci√©t√©s num√©riquement dominantes, la pens√©e et l’expression triviales (non scientifique) en opposition √† la ¬ę¬†s√©dentarit√©¬†¬Ľ, le nomadisme d√©signe quelque chose qui bouge, qui se d√©place, qui est en mouvement, par opposition √† ce qui est fixe.
 
 
‚ÄĘ Des organisations sociales mobiles dont les itin√©raires d√©finissent un espace exploit√©
 
Le mouvement, quel qu‚Äôen soit l’amplitude et les moyens utilis√©s pour le mettre en oeuvre (animaux, flottilles, marches √† pieds, moyens motoris√©s, traction animale), se traduit dans notre jargon, par¬†mobilit√©.¬†Celle-ci incorpore une ¬ę¬†mani√®re de vivre¬†¬Ľ r√©alis√©e par des individus, des groupes, des soci√©t√©s, mues par des organisations sociales r√©gies par des rapports sociaux (in√©galitaires, relativement √©galitaires, des relations de parent√© -consanguinit√© et alliance-) et des relations de voisinage, relations toutes anim√©es par des croyances qui organisent, de pr√®s ou de loin, la composition des groupes de d√©placements; leurs itin√©raires qui d√©finissent un espace exploit√©.
 
Les mani√®res de vivre associ√©es √† des modes d’habitat ad√©quats, tr√®s diff√©rentes des soci√©t√©s ¬ę¬†non mobiles¬†¬Ľ, c’est-√†-dire fixes ou s√©dentaires, ne peuvent assurer ces mani√®res de vivre qu’√† travers des activit√©s productrices sp√©cifiques qui s’exercent sur des objets particuliers √† l’aide de moyens appropri√©s. En cons√©quence, ces mani√®res de vivre constat√©es par l’observation empirique refl√®tent des mani√®res, des modes de produire particuliers fond√©s sur les moyens sp√©cifiques n√©cessaires √† la mise en oeuvre de ces mani√®res de vivre diff√©rentes des soci√©t√©s o√Ļ la fixit√© est d√©terminante.
 
Quels sont¬†les moyens utilis√©s pour assurer la subsistance¬†visant √† maintenir des modes de vie mobiles relevant de l’observation empirique?
 
‚Äst¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†Moyens des activit√©s de chasse¬†(instruments : filet, arcs, lances, javelots, pi√®ges, etc.) utilis√©s pour pr√©lever, entre autres, sa nourriture sur la faune sauvage ce qui oblige √† des d√©placements √† pieds. Ces activit√©s cyn√©g√©tiques peuvent √™tre dominantes ou secondaires; elles se combinent n√©cessairement √† d’autres activit√©s (cueillette par exemple). Le mode d’organisation sociale en est la¬†bande¬†et les soci√©t√©s qui les mettent en oeuvre sont les chasseurs-collecteurs ou chasseurs-cueilleurs tels que les Pygm√©es d’Afrique centrale qui √©voluent dans des √©cosyst√®mes g√©n√©ralis√©s ou les Ogiek du K√©nya.
 
‚Äst¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†Moyens des activit√©s de p√™che¬†(instruments : barques, filets, hame√ßons) visant √† pr√©lever sa nourriture sur les ressources aquatiques. L’organisation sociale qui incarne ces activit√©s marines en est la flottille qui concernent les soci√©t√©s de p√™cheurs-nomades. je pense ici aux Imraguen de Mauritanie et aux Moken d’Asie du sud-est et √† un degr√© moindre aux Bozo du Mali et certains groupes s√©n√©galais qui entretiennent toutes des relations avec les soci√©t√©s voisines de s√©dentaires.
L’instrument de d√©placements en est la barque.
 
‚Äst¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†Moyens des activit√©s d’√©levage¬†(¬ę¬† instrument¬†¬Ľ¬†: l’animal domestiqu√©, quel qu’il soit (petits ruminants, gros b√©tail), organis√© en troupeaux issus de la faune domestique par l’intervention de l’homme et sous la surveillance ou le gardiennage de bergers et de chiens le cas √©ch√©ant. L’animal a donn√©, √† tort, le terme √©leveur, sans distinction, g√©n√©rant ainsi un terme g√©n√©rique r√©duit au seuls mammif√®res. Les d√©placements s’effectuent en troupeaux et l’organisation sociale concerne des groupes de nomadisation structur√©s autour de la parent√© et/ou le voisinage.
Les soci√©t√©s concern√©es sont les pasteurs nomades, les agropasteurs, les agro √©leveurs, les transhumants, les agro transhumants. L’objet de transformation √©tant l’utilisation de la ou des ressources que rec√®lent la nature.
 
–¬†¬†¬†¬† Moyens des activit√©s de colportage.¬†La particularit√© de ces activit√©s r√©side dans le fait que leur substance n’est pas pr√©lev√©e directement sur la nature, mais √† travers des techniques de colportage organis√©es en m√©tier et dont les instruments de d√©placement sont fortement conditionn√©s par l’√©volution de la technologie (roulotte, camping-car, camionnettes) introduisant une dimension historique permanente.
La mise en oeuvre de ces techniques est assur√©e par le voyage organis√© (sans mauvais jeu de mots) par des groupes sociaux fond√©s sur la parent√© proche ou lointaine et/ou le voisinage illustr√©s par ce qui est commun√©ment appel√© les ¬ę¬†gens du voyage¬†¬Ľ (Tziganes, Gitans, Manouches, Boh√©miens).
 
Dans ces quatre cas, l’objet de travail et de transformation de la nature par l’homme,¬†n’est pas la terre,¬†d’une part et de l’autre ce ne sont pas des outils qui sont utilis√©s pour la transformer ou simplement l’utiliser.
 
En effet :
–¬†¬†Le pasteur utilise la et les ressources que rec√®le la nature par l’interm√©diaire de l’animal.
–¬†¬†Le chasseur-collecteur¬†pr√©l√®ve¬†sur la faune sauvage √† l’aide d’outils qui s’exercent sur la faune sauvage produite par la nature mais pas par la terre
–¬†¬†Le p√™cheur pr√©l√®ve sur la mer
–¬†¬†Le ¬ę¬†voyageur¬†¬Ľ utilise des technologies qui transforment la mati√®re mais pas la terre. Ses activit√©s dominantes rel√®vent du colportage.
 
Ainsi, on constate que dans ces quatre cas,¬†la ressource et l’objet de transformation n’est jamais la terre.
 
Dans ces quatre cas, la relation de l’homme √† la nature que l’on ne peut assimiler √† la terre, est fortement mais pas exclusivement, m√©diatis√©e par :
–¬†¬†l’animal domestiqu√©
–¬†¬†la faune sauvage
–¬†¬†la mer
–¬†la mati√®re
 
En cons√©quence, une premi√®re observation empirique autorise √† d√©finir le nomadisme comme √©tant¬†un mode de vie mobile assur√© par des groupes sociaux organis√©s qui entretiennent avec la nature des relations organiquement m√©diatis√©es par des moyens particuliers qui induisent des activit√©s sp√©cifiques adapt√©es √† l’exploitation des ressources que rec√®le la nature.
 
Le nomadisme est aussi une mani√®re de produire qui vise √† des¬†formes particuli√®res d’utilisation de la nature¬†√† l’aide de moyens irr√©ductibles √† l’outil.
 
Ces moyens sont :
–¬†¬†La faune domestique¬†: c’est l’animal qui utilise la nature, la ressource, sous la conduite partielle de l’homme. Cette faune domestique, pour ce qui nous concerne, va du renne au mouton. Elle est l’interm√©diaire qui permet d’acc√©der, de s’approprier la ressource (v√©g√©tale et min√©rale) par la consommation.
–¬†¬†La faune sauvage¬†: (c’est un appendice de la nature. Elle consiste √† √©tablir une relation particuli√®re √† la ressource animale et la relation de l’homme √† la nature s’exerce ici par un pr√©l√®vement sur la faune sauvage : l’homme est tributaire de celle-ci.
 
Faune domestique ou faune sauvage, dans les deux cas, c’est l’animal qui est l’objet d’intervention et dans les deux cas l’animal √©tablit une relation √† la ressource.
 
–¬†¬†La faune aquatiqe¬†: il en va de m√™me que dans le cas de la faune sauvage. Il y a pr√©l√®vement
–¬†¬†La mati√®re¬†: c’est l√† un cas particulier qui pose probl√®me dans la typologie du nomadisme que je propose car le recours √† la technologie incorpore l’outil. Int√©grer les ¬ę¬†gens du voyage¬†¬Ľ dans la typologie du nomadisme peut se faire sur les crit√®res de la mobilit√© mais s’ins√®re mal dans les crit√®res que j’ai voulu retenir pour d√©finir le nomadisme.
 
 
‚ÄĘ Des soci√©t√©s qui d√©finissent des territoires sociaux √† l‚Äôint√©rieur de territoires naturels
 
Par del√† cette restriction et ce probl√®me r√©el, dans les quatre cas pr√©sent√©s, les activit√©s quelles soient cyn√©g√©tiques, pastorales, piscicoles ou de colportage, sont assur√©es par des soci√©t√©s qui d√©finissent des territoires sociaux √† l’int√©rieur de territoires naturels.
 
‚Äst¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†Les chasseurs-collecteurs¬†d√©finissent des ¬ę¬†territoires de chasse¬†¬Ľ √† l’int√©rieur de territoires occup√©s par des faunes sauvages dont chacune d’entre elle les d√©fend. Le territoire de chasse est circonscrit par l’occupation d’une faune sauvage particuli√®re qui elle m√™me prot√®ge et d√©fend son territoire au sens ¬ę¬†politique¬†¬Ľ du terme, √† l’encontre d’autres faunes sauvages comp√©titrices et pr√©datrices.
Le chasseur-collecteur ne fait que détecter la présence de cette faune sauvage pour la suivre et décider du moment propice à son intervention, ce qui fait intervenir ses connaissances et ses savoir-faire.
 
–¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†Les pasteurs nomades¬†d√©finissent des ¬ę¬†terrains de parcours¬†¬Ľ compos√©s de p√Ęturages √† l’int√©rieur d’espaces qui rec√®lent des ressources v√©g√©tales et min√©rales naturelles. Ces terrains de parcours concernent un espace pastoral compos√© de ressources naturelles n√©cessaires √† la consommation annuelle de ces ressources visant √† la reproduction des √©cosyst√®mes pastoraux.
 
Le ¬ę¬†nomadisme¬†¬Ľ recouvre donc un mode de vie qui n√©cessite des d√©placements et donc de la mobilit√© pour se reproduire et ce r√©alis√© √† l’aide de moyens m√©diateurs qui s’exercent sur tout autre objet que la terre.
 
Le nomadisme est donc aussi une technique de production sp√©cifique, un mode d’exploitation de la nature adapt√©, anim√© par des groupes organis√©s selon des rapports sp√©cifiques √† chaque soci√©t√© et selon des formes parentales diverses. Il d√©finit des formes d’occupation et d’exploitation humaine de l’espace, flexibles, soucieuses de la reproduction des ressources utilis√©es, et conditionn√©es par des r√®gles ou des usages qui induisent les conditions d’acc√®s et d’utilisation des ressources.
 
Toute soci√©t√© nomade combine n√©cessairement des activit√©s multiples d’une mani√®re organique ou non (par apport ext√©rieur). Il n’y a donc pas de nomadisme pur.
 
Le nomadisme n’est-il pas¬†un rapport social particulier¬†qui met en oeuvre un ensemble de relations mat√©rielles, √©motionnelles, sociales et id√©elles qui sont produites par les interactions d’individus et de groupes auxquels ils appartiennent (lignage, clan, familles √©tendues, familles restreintes, familles conjugales, parent√®le, de voisinage). Ces relations √©motionnelles, id√©elles constituent la part subjective des rapports sociaux relatifs aux repr√©sentations et aux valeurs qui donnent du sens par rapport aux autres et par rapport √† soi m√™me.
 
Ce rapport social particulier compos√© de multiples facettes en interactions concourt √† construire une identit√© √† la fois globale et multiple que l’on peut caract√©riser, pour le moment, comme identit√© nomade qui rec√®le des sp√©cificit√©s notoires (mobilit√©, repr√©sentation de l’espace, connaissances de ce que rec√®le la nature, cosmos particulier, etc.) qui s’oppose √† d’autres identit√©s non nomades et plus particuli√®rement √† une identit√© s√©dentaire. Celle-ci fait de l’homme un √™tre qui transforme directement la nature, en l’occurrence, la terre, et ce √† l’aide d’outils.
 
Le nomadisme peut ainsi se d√©finir comme un rapport social de nature multiple (√©conomique, politique, religieux, culturel, parent√©) car il a capacit√© √† rassembler et √† incorporer dans un tout (qui lui conf√®re une identit√© sp√©cifique suppl√©mentaire) des groupes d’individus qui forment une soci√©t√© voisine connue et reconnue par d’autres comme √©tant commune et/ou diff√©rente. Ainsi on peut parler de ¬ę¬†soci√©t√© pastorale¬†¬Ľ car la vie sociale, les croyances sont fortement conditionn√©es par tout ce qui gravite autour du troupeau (propri√©t√©, transmission, exploitation, circulation, reproduction sociale, etc.) qui doit se d√©placer (avec les hommes) d’o√Ļ la mobilit√© cons√©quente √† la faible productivit√© des ressources fourrag√®res et du recours unique √† un stock fourrager sur pied. On constate ainsi une d√©pendance notoire √† l’√©gard des ressources fourrag√®res ce qui oblige √† la mobilit√© et aux d√©placements.
 
Ces groupes humains peuvent √™tre organis√©s en clan, en lignage, flottille, caravane, bande, etc. qui leur donne une identit√© plus globale. Au sein du nomadisme, il y a des sp√©cialisations (des sp√©cificit√©s) mises en oeuvre par des activit√©s particuli√®res qui s’exercent √† l’aide d’objets appropri√©s et organis√©s.
 
L’ensemble de ces relations construisent et perp√©tuent la vie pratique sous toutes ses composantes.¬†Un des aspects sp√©cifiques de ce rapport social est la mobilit√© des hommes¬†organis√©s en groupes dont la flexibilit√© est n√©cessaire √† la r√©alisation de leurs activit√©s, visant √† leur survie et √† la reproduction de ce rapport en utilisant les ressources offertes par la nature.
 
 
‚ÄĘ Mobilit√© , flexibilit√© et dispersion
 
La mobilit√©¬†est un¬†syst√®me de d√©placements dont la structure dominante repose sur des cycles induits par les conditions √©cologiques et climatiques. Les premi√®res constituent le support mat√©riel de la soci√©t√©. Dans des conditions normales, ce syst√®me de d√©placements vise √† une occupation humaine et animale rationnelle afin de pr√©server les conditions de reproduction des ressources naturelles, √† savoir le tapis v√©g√©tal, les p√Ęturages a√©riens et les ressources min√©rales.
 
Cette ¬ę¬†mobilit√©-syst√®me de d√©placements¬†¬Ľ met en oeuvre un ensemble de techniques de production qu’elle incorpore et qui sont g√©n√©r√©es par le syst√®me √©conomique. En ce sens on peut consid√©rer la mobilit√© comme √©tant un aspect particulier des activit√©s humaines et animales comme √©tant elle m√™me une technique de production. Elle incorpore et synth√©tise, transforme d’autres techniques ma√ģtris√©es par le berger (tels que le gardiennage, l’utilisation du chien, des cris, connaissance du milieu. Ces techniques de production ma√ģtris√©es par le berger sont inh√©rentes aux comportements du troupeau domestiqu√© (instinct gr√©gaire, r√īle de l’animal leader, connaissance des p√Ęturages), autant de comportements encore plus d√©velopp√©s dans les troupeaux non domestiqu√©s. Il va de soi que la technique ne se r√©duit pas √† l’outil et l’on doit s’extraire d’une conception instrumentaliste, voire f√©tichiste de la technique.
 
Quant √†¬†la flexibilit√©, la tendance g√©n√©rale la d√©crit comme un ph√©nom√®ne d’adaptation aux fluctuations √©cologiques et climatiques. Cette interpr√©tation me para√ģt r√©ductrice car la flexibilit√© dans ce cas ne serait qu’une variante de la mobilit√© qui interviendrait dans des conditions de d√©s√©quilibre. Il me semble plut√īt que la flexibilit√©¬†s’int√®gre dans un syst√®me √©conomique et social qui conditionne les mouvements d’amplitude¬†des d√©placements¬†et la composition des unit√©s¬†r√©sidentielles, des unit√©s de nomadisation, des unit√©s de voisinage, qui fluctuent en permanence.
 
C’est en ce sens que la flexibilit√© est consubstantielle de la mobilit√© et que ¬ę¬†mobilit√© et flexibilit√©¬†¬Ľ constituent un couple interactif qui caract√©rise le nomadisme. Mobilit√© et flexibilit√© sont √©galement des composantes du syst√®me de repr√©sentations.
 
La¬†tactique militaire pastorale-nomade¬†(Genghis Khan, rezzous Touaregs) est bas√©e sur la mobilit√© des hommes et des troupeaux qui est elle-m√™me consubstantielle de la dispersion. Ces deux notions ‚Äď mobilit√© et dispersion – ne s’opposent pas. Elles ne peuvent d‚Äôailleurs pas s’appr√©hender d’une mani√®re √©volutionniste, lin√©aire. En effet, il ne peut y avoir dispersion sans mobilit√© : ce sont deux techniques consubstantielles sp√©cifiques aux soci√©t√©s nomades quelles qu’elles soient.
 
La dispersion renverrait à :
– capacit√©s d’adaptation aux al√©as climatiques
Рcapacités de réponse face aux épizooties animales et aux maladies humaines contagieuses
– technique de production qui permet la reproduction des ressources naturelles (sp√©cifique √† l’√©levage extensif) et qui autorise √† envisager la conscience d’un ¬ę¬†seuil de reproduction¬†¬Ľ qui renvoie √† la conscience de la capacit√© de charge du producteur primaire et visant ainsi √† la pr√©servation de la biodiversit√© et √† la conservation des p√Ęturages
Рla faible productivité fourragère
 
Elle se traduit par :
– l’espacement de l’habitat sur un m√™me terrain de parcours
– l’amplitude, la distance de ces espacements entre habitat sur un m√™me espace
Рune densité humaine faible.
 
¬†En cons√©quence la question est la dispersion¬†est-elle une technique sp√©cifique au nomadisme? Est-elle √©galement une technique de production qui participerait du vocabulaire relatif aux activit√©s humaines qui se nouent autour de la terre? Les techniques de jach√®re des terres peuvent elles √™tre consid√©r√©es comme des pratiques, des techniques de production de dispersion visant √† la reproduction des terres, √† maintenir leur productivit√©? De mon point de vue la dispersion est une pratique qui met en oeuvre une technique qui est dans ce cas la mobilit√©. La dispersion n’est donc pas simplement une variante de la flexibilit√© : c’est une pratique.
 
La mobilit√© rel√®ve d’une technique de production indissociable de la flexibilit√© alors que la dispersion est une pratique (au m√™me titre que l’agr√©gation du troupeau) qui concerne la conduite du troupeau √† des fins d’utilisation des ressources naturelles et de valorisation du troupeau. (Pygm√©es¬†: experts de la for√™t : Africa N¬į1 08/09/08)


 
 
Le Pastoralisme nomade ‚ÄstEssai de typologie
 
 
1¬†–¬†Pastoralisme et s√©mantique
 
Ce n’est pas donner dans le f√©tichisme des mots que de vouloir proc√©der √† des clarifications d’ordre conceptuel ou notionnel. Celles-ci peuvent √©viter des malentendus et des confusions qui g√©n√®rent quelquefois des incompr√©hensions, induisent de mauvaises interpr√©tations ou r√©v√®lent une conception non appropri√©e au monde nomade.
 
 
‚Äʬ†Pasteurs, nomades et √©leveurs
 
S’il est commode et d’usage d’opposer agriculteurs et pasteurs, (le plus souvent d’ailleurs il s’agit d’une opposition agriculteurs √©leveurs¬†; on y reviendra) le clivage est loin d’√™tre tranch√© dans les faits. La cat√©gorie m√™me de pasteur peut masquer des r√©alit√©s bien diff√©rentes. Pour cerner cette diversit√©, il convient, tout d’abord d’√©viter le fr√©quent et usuel amalgame qui se fait entre pasteurs et nomades.
 
Le pastoralisme¬†d√©signe¬†une¬†forme¬†de production¬†selon laquelle l’existence mat√©rielle et la reproduction sociale d’un groupe humain s’organisent autour de l’appropriation, de l’exploitation et de la circulation du troupeau. Le nom qui lui est associ√© est celui de pasteurs. Le terme pastoralisme est consubstantiel √† pasteur, p√Ętre (et donc berger), pa√ģtre, troupeau, b√©tail, p√Ęture, p√Ętis, p√Ęturage, pacage. En fait, il concerne les troupeaux de b√©tail ruminants (petits ou gros). √Ä ce terme est imm√©diatement associ√© le nom de pasteur qui se distingue de celui d’√©leveur. En effet, celui-ci n’est pas destin√© √† l’usage exclusif de personnes dont les activit√©s concernent le troupeau, quelle qu’en soit la nature. √Čleveur est aussi bien utilis√© pour d√©signer quelqu’un qui √©l√®ve du b√©tail que des poulets, des truites, des abeilles ou des chats. En cons√©quence, le terme pasteur est plus appropri√© que celui d’√©leveur¬†: il le pr√©cise et l√®ve donc des ambigu√Įt√©s.
 
Quant √† la qualification de¬†nomadisme, il s’applique √† un¬†mode de r√©sidence¬†et d’occupation de l’espace fond√© sur la¬†mobilit√©.
 
Il en d√©coule que la diversit√© des soci√©t√©s pastorales peut s’appr√©hender par un croisement de ces deux cat√©gories (des pasteurs pouvant, ou non, √™tre nomades). Par ailleurs, on se doit de tenir compte des nuances que l’on rencontre sur chacun de ses deux axes de classification.
 
Il existe bien des degr√©s dans la mobilit√©. On constate de multiples gradations depuis le ¬ę¬†grand nomadisme¬†¬Ľ qui peut d√©placer tout un lignage (ensemble de personnes issues d’un anc√™tre √©ponyme r√©el ou fictif) en compagnie de ses troupeaux jusqu’√† un nomadisme de petite amplitude qui voit les animaux se replier √† certaines p√©riodes de l’ann√©e sous la conduite de bergers, vers des p√Ęturages de proximit√© et retourner chaque soir, en stabulation, au village. De surcro√ģt, le degr√© de mobilit√© d’un groupe n’est jamais d√©finitif¬†: il est flexible et fluctue selon des variables conjoncturelles. C’est ainsi que, du point de vue de la mobilit√©, comme √† beaucoup d’autres √©gards, les oppositions ne sont jamais tranch√©es et de multiples nuances peuvent s’exercer au sein d’un m√™me groupe (lignage¬†; tribu¬†; groupe domestique).
 
Les nuances sont tout aussi fr√©quentes en ce qui concerne le pastoralisme. En effet, une population peut d√©pendre plus ou moins exclusivement du b√©tail pour sa reproduction mat√©rielle, sociale et familiale. On soulignera que bien des populations de tradition pastorale peuvent combiner structurellement, ou d’une mani√®re compl√©mentaire et secondaire, le pastoralisme √† d’autres activit√©s qui occupent parfois une place non n√©gligeable dans leur organisation culturelle ainsi que dans leur mode de vie.
 
‚ÄĘ Populations pasteurs nomades
 
Elles sont constitu√©es d’acteurs et d’utilisateurs mobiles et flexibles, des ressources naturelles min√©rales et v√©g√©tales par l’interm√©diaire de b√©tail (gros et petits ruminants) organis√© en troupeaux plus ou moins encadr√©s par des bergers accompagn√©s tr√®s souvent de leur chien. Ces populations √©voluent sur un espace flexible. Elles v√©hiculent des repr√©sentations particuli√®res de l’espace et s’inscrivent dans un temps souvent d√©fini par des contraintes li√©es aux conditions d’utilisation des ressources naturelles.
 
En cons√©quence, il en ressort une certaine homog√©n√©it√© qui permet de donner une certaine pertinence √† la notion de population nomade. A cette d√©finition on peut adjoindre la notion de ¬ę¬†tradition¬†¬Ľ avec l’expression de ¬ę¬†soci√©t√©s ou populations de traditions nomades¬†¬Ľ qui renvoie √† des soci√©t√©s fond√©es (qui ont √©t√© nomades, donc mobiles, flexibles) mais qui se sont fix√©es, voire s√©dentaris√©es, mais qui conservent, expriment, d√©fendent, des valeurs li√©es au nomadisme sans que celui-ci soit pour autant sublim√©, mais o√Ļ l’imaginaire joue un r√īle non n√©gligeable. Ces populations conservent des comportements, des modes de pens√©e et de perception issus du nomadisme. C’est ainsi que certaines populations s√©dentaris√©es peuvent √™tre class√©es comme ¬ę¬†populations (ou soci√©t√©s) de traditions nomades qui appartiennent aussi √† la culture nomade.
 
Tout ceci implique qu’√† chaque type de nomadisme correspond un type de population d√©fini par les mani√®res dont une soci√©t√© nomade utilise les ressources naturelles qui concourent √† d√©finir un mode de vie. ¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† La d√©finition de population nomade induit des enjeux d√©mographiques, statistiques et en constitue de facto des enjeux sociaux et politiques.
 
‚ÄĘ P√Ęturages
 
Les p√Ęturages sont compos√©s de ressources naturelles v√©g√©tales et min√©rales. Ils constituent des ¬ę¬†biens communautaires¬†¬Ľ non transmissibles selon des r√®gles juridiques; ils sont donc juridiquement inali√©nables mais sont ¬ę¬†ali√©n√©s¬†¬Ľ par la consommation int√©grant les capacit√©s de pr√©servation-conservation de ce que rec√®le la nature et ce, √† des fins de reproduction des ressources naturelles.
 
L’appropriation des ressources naturelles par la consommation induit des conditions sociales fond√©es sur la pr√©√©minence sur les ressources ce qui n’est pas la m√™me chose que la souverainet√©. Cette distinction entre pr√©√©minence et souverainet√© renvoie directement aux notions d’espace et de territoire. Sur l’espace pastoral s’exerce un contr√īle social garantissant √† des groupes sociaux et √† des troupeaux, un acc√®s social et mat√©riel √† un ensemble de ressources naturelles n√©cessaires √† la reproduction sociale et animale de ces groupes qui en sont les composantes.
 
En revanche le territoire, notion politique, peut √™tre revendiqu√© en priorit√© pour soi et visant √† l’appropriation d’une portion de la nature irr√©ductible √† la seule appropriation des ressources naturelles. Le passage ou la transformation d’un espace pastoral √† un territoire pastoral implique ¬ę¬†qu’un certain nombre de groupes et d’individus revendiquent consciemment de se reproduire ensemble dur un m√™me territoire et se d√©signent eux-m√™mes, √† l’intention des groupes voisins, par un grand nom qui recouvre les noms particuliers de leurs clans et lignages de naissance¬†¬Ľ
 
P√Ęturages¬†: c’est¬†l’ensemble des conditions √©cologiques socialement appropri√©es par la consommation et leur transmission¬†(sous forme de ¬ę¬†patrimoine¬†¬Ľ inali√©nable)¬†√† un ensemble d’individus organis√©s en lignage¬†ce qui leur conf√®re des droits d’usage et donc de consommation. La transmission se fait sans r√®gles particuli√®res : on transmet des conditions √©cologiques, des ressources ali√©nables par la consommation, elles m√™mes contr√īl√©es dans leurs modalit√©s de consommation et ce √† des fins de pr√©servation de la ressource, c’est-√†-dire de reproduction des conditions √©cologiques. En d√©finitive la transmission se fait par la pr√©servation il n’y a l√† aucun aspect juridique.
 
Ce souci de transmission sans r√®gles sociales ou juridiques √©tablies, s’apparente √† un souci d’√©conomie morale qui r√©sulte elle-m√™me de techniques de production pastorales. Cette appropriation sociale de la ressource ali√©n√©e par la consommation, s’inscrit donc dans une transmission morale implicite, sans r√®gle √©crite ce qui la distingue sensiblement des biens indivis et des biens √† h√©riter lesquels sont soumis √† des r√®gles de transmission obligatoires avec obligation sociale de reproduction ou de p√©rennit√©, √† des r√®gles pr√©cises et socialement bien √©tablies.
 
Sur les p√Ęturages, les ressources restent li√©es √† leurs usagers et il n’y a pas de prestation sur la ressource √† l’aide d’objets appropri√©s et organis√©s.
 
‚ÄĘ Jach√®res, mises en d√©fens, repos du p√Ęturage
 
La jach√®re¬†s’exerce sur la terre consid√©r√©e comme objet de transformation de la nature √† travers sa non utilisation par des outils permettant son repos et donc garantissant potentiellement sa ¬ę¬†reproductibilit√©¬†¬Ľ. C‚Äôest une pratique de reproduction concernant un espace domestiqu√© par des outils mis en oeuvre par l’homme et qui oblige √† passer par des¬†pratiques pionni√®res,¬†par les techniques de d√©frichement n√©cessitant des outils afin de transformer une ¬ę¬†nature vierge¬†¬Ľ en une ¬ę¬†terre domestiqu√©e¬†¬Ľ par l’homme, ou en une ¬ę¬†terre re-domestiqu√©e¬†¬Ľ par l’homme si la jach√®re s’inscrit dans des processus de rotation des terres et non de colonisation de nouvelles terres. La¬†jach√®re¬†concerne la ¬ę¬†non exploitation¬†¬Ľ du sol par des outils anim√©s par des hommes.
 
La¬†¬ę¬†mise en d√©fens¬†¬Ľ¬†s’exerce sur des ressources NATURELLES et vise √† la reproduction NATURELLE permettant ainsi la reproduction des esp√®ces, leur qualit√© alibile, leur app√™tibilit√©, et le maintient de la productivit√© des p√Ęturages. La mise en d√©fens est une technique naturelle qui √† l’instar de la jach√®re oblige √©galement √† ouvrir de nouveaux p√Ęturages visant √† la ¬ę¬†reproductibilit√©¬†¬Ľ des esp√®ces assur√©es par la non consommation par l’animal obligeant √† une ¬ę¬†extension¬†¬Ľ, √† une ouverture de nouveaux p√Ęturages d’o√Ļ √©galement le recours √† des pratiques pionni√®res. La mise en d√©fens concerne des espaces ¬ę¬†non consomm√©s¬†¬Ľ par l’animal.
 
La pratique de¬†mise en d√©fens¬†rel√®ve-t-elle exclusivement des √©cosyst√®mes p√Ętur√©s sp√©cialis√©s qui caract√©risent les √©cosyst√®mes des zones arides ou est-ce une technique de reproductibilit√© inh√©rente au pastoralisme nomade ind√©pendamment des conditions √©cologiques, climatiques ? Est-elle assimilable √† une sorte de ¬ę¬†rotation des p√Ęturages¬†¬Ľ ?
 
Jach√®re et mise en d√©fens ont des pratiques communes, (pratiques pionni√®res de recherche de nouvelles terres et de nouveaux espaces), des finalit√©s identiques, √† savoir le repos de la terre pour les soci√©t√©s s√©dentaires et celui des esp√®ces v√©g√©tales pour ce qui concerne le pastoralisme nomade. Le repos du sol se r√©alise par sa non transformation, par sa non utilisation dans le cas de la jach√®re. Le repos des ressources naturelles par sa non consommation par l’animal. Le point commun √©tant le repos √† des fins identiques de reproduction et de reproductibilit√©. Ce qui les diff√©rencie ce sont les moyens utilis√©s et le support sur lequel l’homme intervient directement ou par l’interm√©diaire de l’animal.
 
Le repos, dans les deux cas oblige √† des pratiques pionni√®res visant dans le premier cas √† trouver des terres cultivables et dans l’autre cas, √† trouver des p√Ęturages consommables et donc √† trouver un point d’eau qui permet l’utilisation du p√Ęturage.
 
‚ÄĘ Activit√© d’√©levage
 
Il s‚Äôagit d‚Äô√©levage de b√©tail organis√© en troupeaux d’animaux domestiqu√©s dont il sera question ult√©rieurement. Ce b√©tail, pa√ģt et broute des v√©g√©taux structur√©s en p√Ęturages par l’homme et l’animal sur la base de ressources naturelles. Ceci donne des pasteurs qui √©l√®vent du b√©tail (pas des abeilles, ni des grenouilles ni des mouches..) mais du b√©tail…
 
Il s’agit de pasteurs nomades dont les caract√©ristiques sont les suivantes :
Ils constituent des soci√©t√©s dont un des fondements qui assure la survie et la reproduction de celle-ci est l’animal organis√© en troupeaux plus ou moins domestiqu√©s. L’animal est l’√©l√©ment interm√©diaire entre l’homme (le pasteur qui peut √™tre le berger) et la nature qui rec√®le les ressources naturelles consommables (ou non) dont la qualit√© alibile des esp√®ces est connue et reconnue par la soci√©t√©.
 
Une des particularit√©s du pastoralisme nomade est que son rapport √† la terre et donc √† sa transformation, ne fait pas l’objet d’un travail humain. C’est l’animal, plus ou moins domestiqu√© qui transforme la nature et qui assure √©galement seul, la reproduction du v√©g√©tal et donc de la ressource en √©vitant la d√©gradation irr√©versible de la nature.
 
La distinction entre pasteurs nomades et √©leveurs nomades r√©side, entre autre, sur le fait que chez les premiers la gestion du troupeau est bas√©e sur les d√©placements des troupeaux, la mise en d√©fens et le pr√©l√®vement sur pied des ressources fourrag√®res alors que chez les √©leveurs nomades il existe des techniques de stockage (d’engrangement) qui se combinent aussi √† la mobilit√© et √† la consommation fourrag√®re sur pied.
 
‚ÄĘ Ressource naturelle
 
La ressource naturelle n’est ressource qu’√† partir du moment o√Ļ elle fait l’objet d’un usage.
 
‚ÄĘ Appropriation sociale
 
L’appropriation sociale incorpore deux types de droit :
‚Äst¬†¬†¬†¬†un¬†droit de propri√©t√© inali√©nable¬†(ce qui est conforme √† la notion juridique de propri√©t√© au sens civiliste du terme) associ√© √†
‚Äst¬†¬†¬†un¬†droit d’usage tout aussi inali√©nable.
 
Ce qui est fondamental est¬†l’inali√©nabilit√©¬†c’est-√†-dire la non transmission √† un individu, √† autrui mais la transmission (en tant que ¬ę¬†biens √©cologiques¬†¬Ľ socialement appropri√© ce qui est constitutif d’une sorte de ¬ę¬†patrimoine¬†¬Ľ des conditions √©cologiques √† des lignages usagers de cet espace.
 
Il y a appropriation sociale quand il y a ma√ģtrise des richesses produites. Dans le cas du pastoralisme nomade, il y a appropriation des ressources naturelles (v√©g√©tales et min√©rales) par la consommation ce qui illustre une forme d’appropriation sociale car il y a ma√ģtrise des richesses naturelles par la consommation et son seuil de consommation qui permet le reproduction de la ressource ce qui repr√©sente une technique de pr√©servation de la biodiversit√© qu’incorpore la mobilit√© pastorale.
 


2¬†–¬†Typologie du pastoralisme nomade
 
Dans ces conditions, on peut avancer la typologie suivante :
 
 Le pastoralisme nomade
Les grandes caractéristiques principales concernent la mobilité et la flexibilité.
Un des temps fort du pastoralisme nomade est la transhumance dont une d√©finition sera propos√©e ult√©rieurement. En d’autres termes, le pastoralisme nomade n’est pas r√©ductible √† la seule transhumance.
Ce type de mobilit√© concerne aussi bien le pastoralisme nomade b√©douin fond√© sur le dromadaire que celui dit ¬ę¬†africain¬†¬Ľ, caract√©ris√© par l’utilisation largement dominante des bovins. Qu’il soit ¬ę¬†b√©douin¬†¬Ľ ou ¬ę¬†africain¬†¬Ľ, ce pastoralisme nomade est presque toujours associ√© √† un pastoralisme de petits ruminants et quelquefois √† des activit√©s r√©siduelles d’agriculture sur des champs √©ph√©m√®res ou non.
 
Ce type de nomadisme √©volue au sein d’aires de nomadisation aux limites tr√®s fluctuantes, ce qui rend difficiles les tentatives de d√©limitations territoriales. En cons√©quence, il est pr√©f√©rable de parler en termes d’espace de nomadisation. La notion¬†d’espace, √† la diff√©rence de¬†territoire, incorpore de par son impr√©cision, la mobilit√© et la flexibilit√© qui caract√©risent les dynamiques internes des soci√©t√©s pastorales.
 
Ce type de nomadisme est incarné par la tente (soit par le vélum en peaux ou en toile, soit par des nattes confectionnées dans des fibres végétales).
 
Comme toutes les autres activit√©s d’√©levage de b√©tail, ce pastoralisme nomade est concern√© par des¬†territoires d’attache¬†(territoire semble dans ce cas convenir) dont l’existence est particuli√®rement pertinente au moment de la saison s√®che. Ce territoire est souvent d√©fini par un ensemble de puits socialement contr√īl√©s par les lignages, des clans, des tribus (cf. lexique) selon les modes et les formes d’organisation sociales qui r√©gissent le fonctionnement des soci√©t√©s pastorales consid√©r√©es.
 
 Le pastoralisme nomade à points fixes
Il se distingue du pr√©c√©dent car il combine deux types d’habitats¬†: l’un fixe, l’autre mobile. On notera que ces deux types d’habitats ne renvoient pas n√©cessairement √† des pratiques agricoles. En effet, il n’y a pas obligatoirement de relation lin√©aire, de relation de cause √† effet, entre fixit√© et activit√©s agricoles. L’usage courant le d√©nomme semi-nomadisme. Ce type de nomadisme renvoie souvent √† une utilisation plus diversifi√©e, et sans doute plus sp√©cialis√©e, du troupeau.
 
Le support écologique sur lequel se déroulent ces deux types de pastoralisme nomade est assez proche. La division familiale (et sociale) du travail au sein de la production pastorale semble plus élaborée (sous réserve de vérifications) dans le second cas.
 
¬†L’agropastoralisme (bovins et petits ruminants)
Ils se caract√©risent par une compl√©mentarit√© structurelle entre les activit√©s agricoles et pastorales. La r√©partition de ces activit√©s est assur√©e au sein des familles restreintes (unit√© domestique conjugale) ou √©largies (fr√®res, neveux et cousins). Cette diversit√© des activit√©s √©conomiques peut s’exercer au sein d’une m√™me communaut√© structurelle. L’agropastoralisme se caract√©rise par une plus grande stabilit√© territoriale qui permet un contr√īle social sur l’espace p√Ętur√©.
 
La transhumance est aussi, le cas √©ch√©ant, comme pour le pastoralisme nomade, un temps fort du syst√®me de production pastorale annuel. Comme dans le cas du pastoralisme nomade √† points fixes, l’agropastoralisme int√®gre en totalit√© ou en partie, le troupeau en stabulation au village.
 
¬†L’agro √©levage
Ce syst√®me de production se caract√©rise par une dominante agricole tr√®s nette. La constitution du b√©tail en troupeau et la composition de celui-ci, r√©sulte souvent de l’addition de quelques t√™tes de bovins appartenant √† plusieurs propri√©taires. La taille et la constitution des troupeaux n’ont rien √† voir avec ceux des pasteurs nomades ou des agropasteurs.
 
L’agro-√©levage renvoie √† la distinction op√©r√©e ant√©rieurement entre pasteurs et √©leveurs¬†: il s’agit d’√©levage et non pas de pastoralisme. Le troupeau rentre chaque soir au village¬†: il s’agit bien de villages et non pas de campement et le b√©tail s’inscrit dans une √©conomie d’appoint qui correspond souvent √† un enrichissement du producteur agricole.
 
Enfin, l’agro-√©levage est exerc√© par des agriculteurs qui d√©veloppent des strat√©gies compl√©mentaires sur l’√©levage de b√©tail en stabulation (souvent associ√© √† d’autres √©levages)¬†: il ne s’agit plus de nomadisme.
 
√Ä ces quatre grands syst√®mes de production se combinent quelquefois des ¬ę¬†sous-syst√®mes¬†¬†¬Ľ qui ne d√©bouchent pas pour autant sur un √©largissement de la typologie propos√©e. C’est ainsi qu’au pastoralisme nomade sont associ√©es, selon les cas et selon les traditions, des pratiques agricoles qui concernent la production du mil. Dans le cas de l’agropastoralisme, il existe une plus grande diversit√© de produits agricoles (mil¬†; sorgho pluvial¬†; sorgho de d√©crue¬†; arachide¬†; haricot). On retiendra, enfin, qu’√† l’agro-√©levage peuvent √™tre associ√©es quelques fois des pratiques de transhumance.
 
Il importe d’ores et d√©j√† de d√©finir ce que j’entends par foncier et syst√®me d’√©levage.
 
Le foncier agricole¬†se construit sur la terre qui s’inscrit dans des droits permanents et transmissibles. La terre produit quelque chose par le travail de l’homme alors que le p√Ęturage est constitu√© de ressources naturelles qui sont pr√©lev√©es mais non produites.
Le foncier concerne l’ensemble des r√®gles d’acc√®s, d’exploitation et de contr√īle s’exer√ßant sur les terres et les ressources renouvelables.
 
Le foncier met en jeu :
‚Äst¬†¬†¬†des¬†r√®gles ou normes¬†relatives √† l’h√©ritage, aux formes d’appropriation, aux modes d’exploitation
–¬†¬†des¬†droits¬†d√©tenus et transmis
–¬†¬†des¬†autorit√©s¬†qui ont le pouvoir d’affecter des droits, de faire appliquer des r√®gles, de les modifier et le pouvoir d’arbitrer et de trancher des conflits.
 
Le foncier est bas√© sur les rapports entre les hommes √† propos de la terre et des ressources qu’elle rec√®le. Le foncier n’est pas¬†bas√© sur une relation entre l’homme et la terre. Il met en jeu des rapports sociaux et peut √™tre consid√©r√© lui m√™me comme un rapport social qui le transforme en un bien collectif ou non, transmissible.
 
Le terme foncier met l’accent sur le ¬ę¬†fonds¬†¬Ľ, la terre, la ou les r√®gles sociales qui concernent en g√©n√©ral d’abord les ressources : droit de pr√©lever les ressources renouvelables, droit de planter, droit de r√©colter les fruits de son travail.
Il existe plusieurs types de foncier :
‚Äst¬†¬†¬†Foncier coutumier
–¬†¬† Foncier islamique
–¬†¬†¬†Foncier dit ¬ę¬†moderne¬†¬Ľ qui rel√®ve du droit romain, du droit civiliste
Il importe de replacer le foncier dans son contexte historique, social et politique/ Le foncier dans l’espace, illustre des rapports sociaux : il est n√©cessairement une question politique
 
Le syst√®me d’√©levage pastoral¬†est l’ensemble des pratiques et techniques mises en oeuvre par un pasteur ou un √©leveur constituant une communaut√© pour faire exploiter les ressources naturelles v√©g√©tales et animales par des animaux organis√©s en troupeaux se d√©pla√ßant dans un espace donn√© afin d’obtenir une production animale.
 
La caract√©risation d’un syst√®me d’√©levage pastoral passe par celle de trois p√īles constitutifs en interactions permanentes, √† savoir, le pasteur, le troupeau et le terrain de parcours.
 
 
3¬†–¬†La mobilit√© flexibilit√©
 
La caract√©ristique fondamentale du pastoralisme nomade et de ses sous-syst√®mes r√©side dans le couple ¬ę¬†mobilit√©-flexibilit√©¬†¬Ľ qui n√©cessite des pr√©cisions. La mobilit√© concerne un syst√®me de d√©placements dont la structure dominante repose sur des cycles annuels induits par les conditions √©cologiques et climatiques. Dans des conditions normales, ce syst√®me de d√©placements vise √† une occupation humaine et animale rationnelle de l’espace afin de pr√©server les conditions de reproduction des ressources naturelles. Cet espace, d√©fini socialement, conditionne les limites fluctuantes des terrains de parcours sur lesquels √©voluent des campements dont la taille se caract√©rise par une flexibilit√© impos√©e par des contraintes et des choix divers (√©cologiques, parentaux, amicaux, sociaux¬†; par la nature et la composition des troupeaux¬†: petits ruminants, gros b√©tail, laiti√®res, etc.).
 
La ¬ę¬†mobilit√©-syst√®me de d√©placements¬†¬Ľ met en Ňďuvre un ensemble de techniques de production qu’elle incorpore et qui sont g√©n√©r√©es par le syst√®me √©conomique¬†; en ce sens, on peut consid√©rer que la mobilit√©, aspect particulier des activit√©s humaines et animales, est elle-m√™me une technique de production. Elle incorpore et synth√©tise d’autres techniques de production ma√ģtris√©es par le berger (gardiennage, utilisation du chien, des cris, connaissance du milieu, etc.). Ces techniques sont inh√©rentes aux comportements du troupeau domestiqu√© (instinct gr√©gaire, r√īle de l’animal leader qui concourt √† tracer un territoire, connaissance des p√Ęturages, etc).
 
Il va de soi que la technique, dans le pastoralisme nomade et dans les sous-syst√®mes qui lui sont li√©s, ne se r√©duit pas √† l’outil et l’on doit s’extraire d’une conception instrumentaliste, voire f√©tichiste, de la technique.
 
En d’autres termes et d’une mani√®re plus empirique, un syst√®me de production incorpore aussi un certain nombre de variables qui sont:
-Herbe
– Eau
– R√©gularit√© et irr√©gularit√© de la productivit√© primaire (p√Ęturages et cultures)¬†;
РFacteurs biotiques et abiotiques ;
(Ces quatre éléments définissent un paysage).
РConditions techniques et sociales des ressources naturelles (ex. la transhumance) ;
– M√©thodes d’exploitation¬†: utilisation des puits, traditionnels, modernes et publics. Cette utilisation des puits est li√©e √†¬†:
– L’ itin√©raire de la transhumance¬†;
РLa taille des troupeaux ;
РLa mobilité ;
– La pratique de l’agriculture¬†;
РLa saison du passage ;
РLa localisation des marchés.
 
Une des formes les plus achev√©es et les plus organis√©es de la ¬ę¬†mobilit√©-syst√®me de d√©placements¬†¬Ľ est la transhumance.
 
 
4¬†–¬†Typologie et formes d’appropriation des ressources naturelles
 
L’utilisation des ressources v√©g√©tales est fortement d√©termin√©e par les conditions d’acc√®s au point d’eau, notamment au puits dont le statut varie tr√®s sensiblement en fonction des soci√©t√©s.
 
On abordera donc le statut des puits traditionnels dans les structures sociales actuelles et √† travers certains exemples qui peuvent servir d’√©chantillon repr√©sentatif de la diversit√© des cas.
 
Il faut insister sur le fait que les cat√©gories autochtones constitueront les fondements des notions et concepts utilis√©s dans l’expos√© et l’analyse des faits. Ces cat√©gories sont tr√®s √©loign√©es des cat√©gories juridiques issues du droit civiliste. Il appara√ģt ainsi que les droits et condition d’acc√®s aux puits sont r√©gis par un¬†droit de pr√©√©minence¬†dont les formes varient en fonction des soci√©t√©s et des coutumes locales. Il ne s’agit en aucun cas d’un droit de propri√©t√© privatif ou priv√© mais d’une pr√©√©minence sociale qui s’inscrit dans une structure communautaire dont l’unit√© sociale la plus pertinente est g√©n√©ralement le segment lignager ou le lignage selon les cas et les probl√®mes rencontr√©s.
 
Afin d’√©viter des approches ethnocentristes qui ne correspondent ni aux cat√©gories de pens√©es des populations √©tudi√©es, ni √† leurs dynamiques sociales et politiques il importe de s’appuyer sur les crit√®res que la soci√©t√© √©tudi√©e utilise afin de ne pas travestir leurs originalit√©s.
 
 
Agadez (Niger) 29 octobre 2009
 
André BOURGEOT
Directeur de recherche émérite
UMR 7130
CNRS-EHESS-COLLEGE DE FRANCE