Les terres nous parlent

Jean de La Tour

Photographier la terre est un défi sémantique. La première image qui vient à l’esprit, est celle de l’humus, cette couche fertile mais oh combien superficielle puisqu’elle n’excède pas une trentaine de centimètres sur la plupart des sols. Vient ensuite le socle, souvent rocheux, mais qui, dans la plupart des cas, reste une couche superficielle.

Ensuite, par analogie, on pense aux arbres, aux plantes, à tout ce qui s’enterre et prend racine. Une grotte, ainsi que le concevaient nos ancêtres magdaléniens (ou même plus récents), est le lieu où l’on rentre dans le ventre de la Terre Mère, utérus métaphorique où l’Homme vient se ressourcer en quête de ses origines.

La terre, c’est aussi les matières que nous en extrayons afin de nous ménager des abris. Selon les légendes anciennes, c’est de cette argile que le démiurge modela le premier homme.

Selon les observations récentes, nous serions devenus une civilisation hors sol, comme ces plantes élevées en hydroponie dans les serres high tech. Le béton recouvre actuellement 5% de la surface du territoire français et s’étend chaque année davantage, empêchant les eaux de remplir les nappes phréatiques et d’assurer leur fonction vivifiante.

Photographier la Terre, c’est donc être une fourmi qui se promène à la surface de l’épiderme d’un pachyderme dont elle ne percevrait que les détails mais pas la vue d’ensemble. Cette dernière ne peut être obtenue qu’avec le recul. Ce qu’on perçoit alors, c’est un gigantesque organisme : la Terre.


Rochers à fleur de sol. Ile de Lefcada. Grèce.

Les grottes refuges pour les hommes depuis le Magdalénien, Rocamadour.

Mur en banco, argile agglomérée et beurre de karité
(Le dessin en forme de palmier est la trace laissée par la main du constructeur).
Nouna, Burkina Faso.


Rochers en grès, concrétions silicieuses des anciens fonds marins. Fontainebleau.
Sous les pavés, la Vie. Paris
La vie sous terre est la métaphore de l’inconscient.
Invisible, on ne la connait que par ses résurgences.

Des labours comme une blessure ouverte. Milly la Forêt.
Poussée de trèfles, indice des terres riches en azote.
Résurgence racinaire. Fontainebleau.
Motifs créés par l’érosion. Fontainebleau.
Motifs de lichens sur un rocher. Buoux.
Projection d’eau sur un sol de latérite. Burkina Faso.