Nous sommes dans un monde d’images. Vaine serait la tentative d’inventaire tant elles sont nombreuses dans leurs formes mêmes. Il ne s’agit pas de dénombrer les images fabriquées par la publicité, campées pour la circulation ou les indications de la vie courante, surgies de la mémoire ou établies pour la communication, voulues pour faciliter notre progression vers les autres ou pour renforcer un impact, une expression. La question n’est pas tant l’identification autorisée par l’image que la relation que nous entretenons avec elle. C’est à cela que nous consacrons quelques réflexions ici.
Avec Gérard Bonnet nous interrogeons le pouvoir de l’image attirance, ou appel de la beauté, piège possible d’une propagande, le fond en est le plus souvent inconscient. Lui permettre de parler peut-être le fait du rêve ou le surgissement d’images créatrices qui sont nos ressources véritables.
Avec marie Claire Dolghien nous nous rapprochons des profondeurs qui permettent à l’intime de se reconnaître dans l’universel, celui des archétypes où les sensations, les couleurs, parlent autant que les figures.
Toujours actives, c’est en nous que les images se forgent, quels qu’en soient les canons ou les possibilités d’attirance, ce que nous apprend à apprécier Thibaut Gress par son interrogation : « Une image peut-elle être belle ? »
Plus loin encore, Edouard Dor souligne que plus que sensibles à l’image, nous nous y « perdons », puisque touchés par l’émotion même de l’artiste nous allons à sa rencontre dans son oeuvre.
Jacques Chopineau campe en une réflexion d’éxégèse et d’histoire les puissances de l’image, ses interdits, ses dimensions : sacré et révélation, et aussi les possibilités de transformation pour le bien ou pour le pire lorsqu’elle se fige en modèle.
A travers une histoire du portrait, Chantal Humbert ouvre une palette de perceptions des caractères que l’on peut se plaire à lire sur un visage ou une silhouette, lesquels relèvent au moins autant du sujet représenté que de son époque ou de son interprète.
Lorsqu’elle devient « masque », l’image est véritablement habitée par des forces et des esprits. C’est ce que Jean de La Tour nous permet de découvrir au travers de son reportage sur les masques du Burkina Faso.
Par la figure de l’archer, Laïta dresse l’image dans cette stature de quête et de relation qui serait celle même de la culture.
Dans ces constants échanges, lire les images ou en être habité est aussi faire face à ce qui nous façonne.
Catherine Luuyt